11.8.08

L'Inde boude les Jeux de son grand rival

LE MONDE | 11.08.08 |

"Ne vous attendez pas à un miracle", a prévenu Suresh Kalmadi, le président du Comité olympique indien, avant même le début des Jeux de Pékin. Une médaille de bronze pour plus de 1 milliard d'habitants : le dernier palmarès olympique de l'Inde, aux Jeux d'Athènes, ne rend guère optimiste. Pour ceux de Pékin, l'équipe masculine de hockey sur gazon (discipline qui, jusque-là, a rapporté les huit seules médailles d'or que le pays ait gagnées aux JO), n'est pas parvenue à se qualifier. Autant dire que le titre olympique remporté par Abhinav Bindra au tir à la carabine à 10 m, lundi 11 août, est déjà un beau résultat.
Avec si peu d'espoir, les Jeux olympiques ne suscitent guère d'enthousiasme dans la population. Seule la chaîne de télévision publique indienne, Doodarshan, a accepté d'acheter les droits de retransmission pour 3 millions de dollars. Faute de spectateurs et donc de sponsors, elle ne s'attend pas non plus à un miracle. "Nous perdrons de l'argent", assure une des responsables de la chaîne.

Pourquoi l'Inde, géant démographique, est-elle absente des podiums olympiques ? Les journaux du pays avancent différentes explications. La culture indienne manquerait d'agressivité, ou encore son système de castes privilégierait le savoir avec, dans le haut de sa pyramide, les "brahmanes" - ou prêtres -, qui n'ont pas la réputation d'être d'excellents athlètes.

A BANGALORE, LES CAMPUS INFORMATIQUES ONT REMPLACE LES STADES

D'autres commentateurs estiment que même le sport, en Inde, est gangrené par la bureaucratie. Il n'y a qu'à se pencher sur les chiffres : 42 entraîneurs accompagneront les 56 athlètes à Pékin. Mais c'est davantage le manque d'infrastructures et de financements qui pose problème. "La moitié de nos écoles n'ont pas de terrain de sport, et c'est encore pire pour nos universités" déplore M. Kalmadi.

Le sport a été la victime du boom des nouvelles technologies. A Bangalore, les campus informatiques ont remplacé les stades. "Les infrastructures de la ville ont considérablement diminué ces dernières années", témoigne Vimal Kumar, ancien champion de badminton. Le cricket qui, au grand dam des Indiens, ne fait pas partie des disciplines olympiques, est accusé d'éclipser tous les autres sports. "L'argent dont nous avons besoin est aspiré par le cricket", explique Randhir Singh, le secrétaire général du Comité olympique indien. En Inde, le cricket se joue à chaque coin de rue. Une batte et une balle suffisent.

Pour un pays qui prétend rivaliser avec la Chine, la comparaison, au moins dans le domaine sportif, n'est pas flatteuse. Mais les commentateurs tentent de minimiser les dégâts. "La Chine aurait dépensé 1 milliard de dollars pour entraîner ses athlètes ces sept dernières années. Cet argent devrait plutôt être dépensé, au moins en Inde, dans la construction d'écoles et d'hôpitaux, ainsi que dans l'urbanisation", estime l'éditorialiste Kanika Datta dans le quotidien Business Standard, avant de conclure : "La Chine n'est pas la destination favorite des investisseurs étrangers, car elle figure parmi les cinq meilleurs aux Jeux olympiques."

Les Indiens auront au moins remarqué qu'il n'y a pas que des médailles aux Jeux olympiques de Pékin, il y a aussi des touristes. Pour compenser son absence des podiums, le ministère indien du tourisme va lancer une grande campagne de communication dans les rues de Pékin. Loin de la clameur des stades, les panneaux publicitaires afficheront ce redoutable slogan : "Incroyable Inde !"
Julien Bouissou
Article paru dans l'édition du 12.08.08.

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