30.8.08

A Train of Travelling Exhibition and Workshops on Sacred Groves of India

Indira Gandhi Rashtriya Manav Sangrahalaya (Bhopal)in collaboration with Centre for Interdisciplinary Studies, Barrackpore

Will Organize

A Train of Travelling Exhibition and Workshops on Sacred Groves of India

in Three Districts of West Bengal


Sacred groves are near-natural patches of vegetation consecrated to local deities or ancestral spirits and protected by indigenous societies over centuries. Many such groves are a rich storehouse of biodiversity, containing rare, endangered and endemic organisms.

This exhibition will highlight the cultural and ecological significance of India’s sacred groves, as well as the threats to the institution’s survival. We invite you to participate in this event and share your experience and knowledge of sacred groves, tanks and ponds of .your region.

More info on http://www.cintdis.org/events.html


Program Schedule

District : Birbhum


September 5 Natyaghar and Nandan Art Gallery, Visva-Bharati University

11:00 am Inauguration of Exhibition

Welcome Address by President: Dr. R K Srivastava, IGRMS.

Chairperson: Prof. Arani Chakrabarty, Visva Bharati University.

Chief Guest: Prof. A K Ghosh, President, ENDEV, Kolkata.

11:45 am Tea

12:00 pm Seminar on Sacred Groves, Local Cultures & Biodiversity

1:30 pm Lunch

3:00 pm Cultural performance by sacred grove functionaries from Birbhum district

4:00 pm Tea


September 6

10:00 am - 5:00 pm Exhibition and Cultural performance by sacred grove functionaries.

September 7


9:30 am - 12:pm Guided Tour to selected sacred groves.


District : Bankura

September 9 Ramananda College Auditorium, Bishnupur


10:00 am Inauguration of Exhibition

Welcome Address by President: Dr. R K Srivastava, IGRMS

Chairperson: Sri Chittaranjan Dasgupta, Secy, Acharya Jogesh Chandra Bhavan.

Chief Guest : Dr. Debal Roy, Chief Environment Officer, West Bengal

11:00 am Tea

11:15 am Seminar on Sacred Groves, Local Cultures & Biodiversity

1:30 pm Lunch

3:00 pm Cultural performance by sacred grove functionaries from Bankura district

4:00 pm Tea


September 10


10:00 am - 5:00 pm Exhibition and Cultural performance by sacred grove functionaries.

September 11


9:30 am - 12:pm Guided Tour to selected sacred groves and ponds.

District : West Medinipur

September 13 Medinipur College Auditorium, Medinipur


10:00 am Inauguration of Exhibition

Welcome Address by President: Dr. K K. Basa, Director, IGRMS

Chairperson: Prof. A K Danda, Secretary, INCAA, Jhargram

Chief Guest : Prof. K C Malhotra, Academic Advisor, IGRMS

11:00 am Tea

11:15 am Seminar on Sacred Groves, Local Cultures & Biodiversity

1:30 pm Lunch

3:00 pm Cultural performance by sacred grove functionaries from West

Medinipur district

4:00 pm Tea

September 14


10:00 am - 5:00 pm Exhibition and Cultural performance by sacred grove functionaries.

20.8.08

Taslima Nasreen, éternelle proscrite

Taslima Nasreen, éternelle proscrite

LE MONDE | 20.05.08 |

Voilà quatorze ans qu'elle est apatride. Du Bangladesh - d'où elle a été bannie en 1994 - à Stockholm, de Calcutta à Paris, elle est rompue au jeu de l'errance, aux passages fugaces dans les hôtels, aéroports et festivals littéraires. Alors, Taslima Nasreen s'y est faite. L'écrivain bangladais, féministe pourchassée par les fondamentalistes musulmans, s'est coulé dans la figure de l'exilé permanent. A la voir dans ce restaurant de Saint-Germain, à Paris, commander un verre de vin, élégante dans sa veste noire, le cou ceint d'un châle vert, on la trouve fort à l'aise. Eloquence maîtrisée, enjouée parfois jusqu'à faire tressaillir sa frange aux reflets roux.

Elle sacrifie à tout. Aux séances de photos dans la lumière tamisée d'un salon. Au programme de rendez-vous au pas de course concocté par son éditeur parisien. Aux deux gardes du corps - imposés par le gouvernement français - qui l'embarquent dans une voiture blindée pour parcourir trois cents petits mètres. Sans rechigner, Taslima Nasreen se plie au rituel de la proscrite de marque.
Est-ce à dire quelle s'y complaît ? Sûrement pas. On peut la trouver outrancière, naïve ou inconsciente, mais nul ne pourra jamais la soupçonner d'insincérité. Elle bout encore de colère. "Je suis toujours en état de choc", souffle-t-elle. Ce "choc", c'est d'avoir été "forcée au départ" de l'Inde, ce pays où elle avait enfin trouvé refuge en 2005 après plus d'une décennie de déracinement en Occident, l'âme broyée par le mal du pays.
A Calcutta, Taslima Nasreen se sentait comme chez elle. C'est le Bengale, après tout. La frontière barbelée le sépare peut-être du Bangladesh voisin mais elle n'abolit ni langue bengalie, ni la culture bengalie, ni les parfums bengalis.
Aussi Taslima la Bengalie y était fort heureuse, immergée dans ses racines. "Calcutta, c'est ma seconde patrie, insiste-t-elle. Les traditions du Bengale coulent dans mes veines comme une force vitale."
Pourtant, à l'automne 2007, elle y revit le même cauchemar qu'en 1994, à Dacca, la capitale du Bangladesh qu'elle avait alors dû fuir sous la menace de manifestants islamistes ivres de haine. Brutal retour en arrière, réédition du scénario halluciné : fatwas lancées par des imams, sa tête mise à prix, émeutes de rue, plongée dans la clandestinité. Les fondamentalistes sont déchaînés par la parution de certains de ses livres aux titres claquant comme des appels à la révolte des femmes : Brûlons les burqas, Les femmes n'ont aucune patrie. Le 21 novembre, le couvre-feu est même décrété à Calcutta après une journée de violences.
Mais Taslima n'est pas abattue. Elle pense que l'orage va vite se dissiper, que l'Inde "laïque, démocratique, éclairée, progressiste et tolérante" va la protéger, va continuer à lui offrir son hospitalité. L'Inde multiconfessionnelle n'est pas le Bangladesh musulman, pense-t-elle. Quel n'est pas son accablement quand elle prend la mesure de son illusion ! Elle n'est en fait qu'un "paria", un "fardeau", un fauteur de troubles dont chacun veut se débarrasser.
Acculée au départ de Calcutta, elle se replie à Jaipur (Rajasthan) puis à New Delhi, la capitale. Là, elle est littéralement assignée à résidence dans un lieu secret, une pauvre chambre où seuls "deux lézards souffreteux" lui tiennent compagnie. Elle devient une sorte de "prisonnière", confinée par le gouvernement fédéral indien au nom de sa sécurité personnelle. En haut lieu, on lui adresse des messages : il faut qu'elle évite dorénavant de "blesser les sentiments religieux" d'une partie de la population, un enjeu hautement sensible dans un Etat indien régulièrement secoué par des affrontements entre hindous (majoritaires) et musulmans (minoritaires). Elle s'y refuse. "Si la liberté d'expression a un sens, proteste-t-elle, j'ai le droit de blesser les sentiments religieux de certains."
Son intransigeance exaspère. On le lui fait payer en prolongeant son régime quasi carcéral. Elle finit par comprendre la manoeuvre : faute de pouvoir l'expulser - cela ferait très mauvais effet -, l'Inde veut la pousser à s'exiler d'elle-même. Elle résiste, se cabre. Puis elle finit par céder, minée par des ennuis de santé. A la mi-mars, elle s'envole vers la Suède, défaite. Durant ces semaines d'isolement, elle a continué à écrire, jetant sur le papier son désarroi, son désespoir, scandés par cette entêtante interrogation : "Quel crime ai-je commis ?" La chronique de ce nouveau bannissement vient de paraître en France sous le titre De ma prison (Philippe Rey, 140 pages, 15 euros).
CHEMIN DE L'ERRANCE
La revoilà sur le chemin de l'errance. A Paris, elle retrouve amis et admirateurs. Le prix Simone de Beauvoir lui sera remis mercredi 21 mai par Rama Yade, secrétaire d'Etat aux droits de l'homme. Tant de sollicitude lui offre un précieux réconfort mais Taslima ne s'en contente point. "En Occident, dit-elle, je me considère comme debout à un arrêt de bus, attendant le bus qui me ramènera chez moi, dans le sous-continent (indien) où ma vie a un sens." Ce "sens", c'est le "combat en faveur des femmes opprimées". Et dans ce combat-là, elle bute sur la religion, immanquablement. "Je critique toutes les religions, pas spécialement l'islam, précise-t-elle. Je critique aussi l'hindouisme en raison des discriminations contre les femmes qu'il justifie. Mais il n'y a que les musulmans qui se sentent offensés par mes critiques et me menacent de leurs fatwas. Les autres ne m'attaquent pas." "Est-ce que cela signifie qu'il n'y a pas de place pour la critique dans l'islam ?, interroge-t-elle. Mais comment une société peut-elle évoluer, s'arracher à la stagnation, si elle refuse toute critique ?"
En Inde, son combat est mieux compris qu'il ne l'était au Bangladesh. Des soutiens se sont manifestés. Mais la mobilisation en sa faveur est restée limitée, en tout cas impuissante à renverser le cours des choses. Taslima sait que le camp des intellectuels "progressistes", sa famille naturelle, ne la défend que très timidement, voire même la fustige comme irresponsable. On lui reproche d'en faire trop, de verser dans la provocation. "Ces intellectuels me trouvent trop radicale, reconnaît-elle. A leurs yeux, on peut critiquer les fondamentalistes, mais pas l'islam en tant que tel. Or en critiquant le Coran, je franchis la ligne rouge. C'est pourtant ma conviction : le Coran n'est pas bon pour l'humanité et les droits des femmes."
Quand Taslima sort du restaurant, ses gardes du corps jettent un regard fébrile dans la rue. Elle se glisse dans la voiture blindée qui démarre en trombe. Combien de temps vont durer ces séjours à l'"arrêt de bus" européen ? Taslima a toujours en poche son billet de retour sur l'Inde. Elle entend bien en faire usage. Et retrouver les parfums du Bengale. En tout cas, elle en "rêve".

Frédéric Bobin
Article paru dans l'édition du 21.05.08





Médecin et poétesse, une femme "impie" à la réputation de soufre


LE MONDE | 20.05.08 | 15h34 • Mis à jour le 20.05.08 | 15h34

Taslima Nasreen ne s'est jamais considérée comme une vraie romancière. Née en 1962 dans une famille de la petite bourgeoisie provinciale du Bangladesh - son père était pharmacien - conservatrice mais éclairée, elle a embrassé la carrière de médecin gynécologue tout en s'adonnant à l'écriture de poèmes à ses heures perdues.

A la fin des années 1980, le succès de ses premiers recueils de poésie attire l'attention de journaux de Dacca, la capitale, qui lui commandent des chroniques. Elle en fait vite une tribune pour dénoncer la condition des femmes bangladaises, puisant dans ses souvenirs d'enfance et les témoignages recueillis dans l'exercice de son métier. Son style, direct et sans concession, la singularise parmi la petite mouvance des féministes. Taslima ne tarde pas à sentir le soufre.
Dès février 1992, elle devient la cible d'un groupe fondamentaliste (Comité pour écraser la vermine Taslima Nasreen), qui met à sac le stand proposant ses écrits à la Foire du livre de Dacca. Divorcée trois fois, les rumeurs sur sa vie privée aiguisent la controverse la fustigeant comme auteur "pornographique". Couronnée par le prix indien Anando, voué à honorer les auteurs de langue bengalie, elle ne cesse d'élargir le cercle des jaloux.
Sa réputation atteint l'étranger en 1993, quand le gouvernement bangladais interdit son roman Lajja (La Honte), qui dénonce les persécutions anti-hindoues dont le Bangladesh a été le théâtre fin 1992. Sa mise au ban prend un tour plus tragique avec la fatwa lancée contre elle par des groupes fondamentalistes, qui manifestent en masse dans les rues de Dacca en réclamant sa pendaison. Elle est contrainte de vivre cachée. A l'étranger, on la présente comme "la Salman Rushdie bangladaise", mais, au Bangladesh même, le camp des progressistes la lâche, la jugeant excessive et provocatrice. Elle est totalement isolée. Il faudra une campagne de solidarité internationale pour que les autorités de Dacca, qui avaient confisqué son passeport, la laissent quitter le pays l'été 1994. Elle s'installe en Suède, pays dont elle obtiendra la nationalité. En 1998, elle retourne brièvement au Bangladesh au chevet de sa mère mourante, déclenchant de nouvelles manifestations de fondamentalistes défilant aux cris de "Mort à l'impie !".
En 2005, après un trop long exil en Occident, elle peut enfin s'installer en Inde. Mais l'"impie" n'en a pas fini avec les chasseurs de "vermine".

Frédéric Bobin
Article paru dans l'édition du 21.05.08

17.8.08

La Chine compte 1,3 milliard d'habitants. Vraiment ?

LE MONDE | 16.08.08

Nul n'est censé l'ignorer, il y a 1,3 milliard de Chinois. Ce chiffre, qui fait de l'empire du Milieu le pays le plus peuplé au monde, a longtemps été perçu comme un handicap par les intéressés : "Les Chinois sont trop nombreux" est une rengaine qu'on entend encore beaucoup dans les campagnes.

Mais c'est aussi une menace souvent brandie par les "jeunes en colère" sur les forums Internet : "Vous offensez 1,3 milliard de Chinois." "On ne boycotte pas un pays qui représente un quart de l'humanité", a compris Nicolas Sarkozy.

Mais combien y a-t-il vraiment de Chinois ? Personne ne le sait exactement. Il y a bien sûr un chiffre officiel : 1 321 290 000 habitants fin 2007, selon le bureau national de la statistique, qui précise que Hongkong, Macao… et Taïwan ne sont pas comptés.

Mais même les études officielles, conduites sous le patronage du bureau du planning familial, reconnaissent que le chiffre est sous-évalué parce que certaines familles dissimulent les naissances de leurs deuxième ou troisième enfants (en quasi-totalité des filles). "C'est un problème courant en Chine, à l'heure de la politique de l'enfant unique", reconnaît par exemple le professeur Qu Jianding dans une étude reprise par le British Journal of Medecine.

"PROFONDE CRISE"

Cette sous-déclaration se fait avec la complicité des cadres locaux, pour lesquels la réussite des objectifs antinatalistes est un des critères de promotion. La politique de l'enfant unique a beau avoir abandonné les méthodes les plus brutales (avortements ou stérilisations forcées) et ne plus être strictement appliquée que dans les villes, le Parti vient de rappeler qu'elle restait à l'ordre du jour. Il existe donc des millions d'enfants chinois dont la naissance n'a jamais été déclarée. L'estimation varie, selon les sources, de quelques millions à 200 millions ! Pour les autorités, il y a plus préoccupant que cette marge d'erreur. L'Institut national français des études démographiques (INED) a publié, le 5 août, une étude concluant que la Chine est déjà entrée dans "une profonde crise démographique". Sa population, qui n'augmente plus que très lentement, "n'atteindra jamais 1,5 milliard d'habitants, elle commencera en fait à plafonner dès 2030, où elle sera dépassée par l'autre grande puissance démographique du monde, l'Inde".

Le ralentissement de la croissance de la population était pourtant bien l'objectif recherché, et on peut être surpris qu'il suscite des inquiétudes. De fait, il offre pour l'instant un "avantage considérable" : "Plus de 70 % de la population est d'âge actif, contre 62 % en Inde." Mais à terme, l'INED voit venir des problèmes titanesques : d'ici à 2050, la Chine va perdre 70 millions d'actifs, et un déficit de main-d'oeuvre se profile d'ores et déjà dans certains secteurs. Surtout, la part des plus de 65 ans va bondir de 7 % en 2000, à 24 % en 2050.

Dernière bombe à retardement : la Chine est, avec 106,8 hommes pour 100 femmes, le deuxième pays le plus masculin au monde, juste derrière l'Inde. L'effet de "la pratique croissante d'avortements sélectifs au détriment des filles et d'une surmortalité féminine anormale due à des négligences de traitement dans la petite enfance". Vers 2030, près de 2 candidats (1,6) au mariage resteront chaque année sur le carreau.
Olivier Montalba

15.8.08

Tenzin Gyatso, le dernier dalaï-lama ?, par Henri Tincq

LE MONDE | 14.08.08

Faut-il croire Tenzin Gyatso quand il affirme qu'il sera "le dernier dalaï-lama" ? Chef spirituel du Tibet, l'hôte actuel de la France ne fait pas un tabou de sa succession. Mercredi 13 août à Paris, il a répété qu'il se verrait bientôt "à la retraite". Son âge (73 ans), sa santé ne sont pas en cause. Mais l'enjeu politique de sa succession est dans tous les esprits, notamment depuis les émeutes antichinoises de mars, dans lesquelles beaucoup ont vu une montée de jeunes Tibétains plus intransigeants que cet apôtre de la non-violence. Sa succession touche à l'avenir de l'identité tibétaine, d'un pays asservi, depuis son invasion en 1950 par la Chine communiste, et d'une fonction, symbolique et politique, respectée.

Ironie de l'histoire, c'est la Chine, alors dirigée par un souverain mongol, qui créa en 1578 l'institution du dalaï-lama. A l'époque, le Tibet était une sorte de "protectorat" chinois. Ce chef mongol se prit de passion pour Sönam Gyatso, abbé du monastère de Drepoung, dont il fit son maître spirituel, lui conférant, pour la première fois dans l'histoire, le titre de dalaï-lama ("Océan de sagesse"). Les deux hommes décidèrent même qu'il serait le "troisième" dalaï-lama, chef d'une lignée qui aurait compté déjà deux enfants réincarnés ! Et c'est plus tard, en 1642, que le "Grand Cinquième" dalaï-lama ajoutera à sa fonction religieuse celle de chef temporel du Tibet.

Autant dire le caractère conjoncturel de cette institution. Le dalaï-lama n'est pas le "pape" du bouddhisme, pas même de cette faction minoritaire qu'est le bouddhisme tibétain. L'actuel détenteur du titre en est le premier convaincu, qui ne voit d'avenir que dans une séparation des fonctions spirituelle et politique. Pour lui, la théocratie tibétaine doit être remplacée par une démocratie en bonne et due forme, en exil provisoire. Une démocratie qu'il a contribué à forger depuis l'annexion chinoise. Il a créé des institutions - une assemblée élue, un premier ministre (Samdhong Rimpoche) -, dont il espère qu'elles seront capables d'assurer, au-delà de sa mort, le gouvernement politique de sa communauté.

Avec un humour souvent grinçant - son arme favorite face à la tragédie -, le dalaï-lama évoque parfois, pour sa succession, la désignation d'un bouddhiste "occidental", d'une "femme" ou l'hypothèse d'un "conclave" réunissant les plus hauts dignitaires tibétains pour désigner le nouveau dalaï-lama. C'est un scénario extravagant auquel personne ne croit, pas même l'actuel dalaï-lama. Cet homme, qui est tout sauf naïf, sait trop bien à quoi ressemblera, après sa mort, la réaction de son peuple, en Chine et en exil, et celle des autorités chinoises. Aucun ne voudra laisser à l'autre la maîtrise de la succession. La disparition du quatorzième dalaï-lama sera suivie de l'une des plus sévères empoignades ayant jamais opposé ces deux peuples voisins et ennemis.

Afin de faire pièce à la Chine, connue pour son interventionnisme cynique dans toutes les affaires religieuses, les Tibétains vont s'appuyer sur leur arme favorite : la tradition. Historiquement, la succession d'un grand maître se fait à travers la recherche d'un enfant "reconnu" - le tulkou - comme sa "réincarnation" à la suite de visions et consultations d'oracles, puis pris en main par des "régents", éduqué et intronisé à sa majorité. Cette tradition remonte au XIIe siècle, avant même l'institution du dalaï-lama. Le premier enfant ainsi reconnu comme "réincarnation" d'un maître fut le karmapa, mais celui-ci n'était que le chef de la lignée Kagiupa. C'est au XVIe siècle, que ce processus de succession fut retenu, pour le dalaï-lama, par la lignée Gelugpa gouvernant depuis le Tibet en son entier.

Les Tibétains ne renonceront donc pas à ce mode de désignation. Tenzin Gyatso n'a lui-même jamais écarté l'idée qu'il serait "réincarné" dans un enfant reconnu. Et tous les experts parient sur le fait qu'à sa mort, les Tibétains choisiront cette antique tradition pour préserver leur identité. "Ils n'iront pas chercher un moine péruvien ou une femme thaïlandaise", assure Frédéric Lenoir, auteur d'un remarquable essai Tibet, le moment de vérité (Plon, 236 p., 18,90 euros). N'en déplaise aux Chinois, et instruits par les leçons de l'expérience, les Tibétains iront chercher un enfant partout ailleurs qu'en Chine, en dehors du Tibet occupé - ce qui serait une première historique -, probablement dans la communauté en exil de l'Inde.

Quelle marge de manoeuvre restera-t-il alors aux Chinois ? Ceux-ci guignent avec impatience, on le devine, la succession d'un personnage aussi encombrant que Tenzin Gyatso qui, par son ascendant sur les Tibétains, par sa résistance non violente et par son rayonnement international, aura tant contribué à ternir l'image du régime. Pékin ne voudra laisser à personne d'autre que lui le soin de contrôler la désignation du quinzième dalaï-lama.

Si la "réincarnation" a lieu en Inde ou en Occident, le régime chinois devra "reconnaître" un autre personnage, dont il fera - comme pour le panchen-lama, haute fonction honorifique - un simple fantoche. On se souvient que, dès sa reconnaissance en 1995 au Tibet, le panchen-lama légitime, Gedhun Choekyi Nyima, avait été kidnappé, à l'âge de 3 ans, et fait prisonnier par la police chinoise, afin d'être " rééduqué". Depuis, le monde est sans nouvelles de lui. Des plaintes régulières s'élèvent, notamment des Nations unies, pour que la Chine libère "le plus jeune prisonnier politique du monde". En attendant, le panchen-lama "officiel", soi-disant retrouvé et désigné par les Chinois, à la suite de manipulations dont ils ont le secret, est la risée de tous les Tibétains.

Un scénario presque analogue s'était produit pour le dix-septième karmapa, autre sommité du bouddhisme. Une rivalité oppose encore Thayé Dorje, considéré comme un usurpateur par les trois quarts des bouddhistes tibétains, et le karmapa légitime, Orgyen Trinley Dorje, 23 ans, reconnu en 1992 comme réincarnation du seizième karmapa, intronisé et protégé par le dalaï-lama. Sa fuite du monastère Tsurphu au Tibet, pour échapper à la main de fer chinoise, avait ému le monde entier. Entre Noël 1999 et le premier jour de l'an 2000, le jeune homme avait traversé, à pied, les montagnes gelées de l'Himalaya, jusqu'à Dharamsala en Inde, capitale des Tibétains en exil.

Ce karmapa légitime jouit d'une forte cote dans les milieux tibétains. Et le dalaï-lama ne fait plus mystère du rôle qu'il sera appelé à jouer après sa mort. Il l'a presque intronisé. Non comme son successeur direct - un karmapa ne peut devenir dalaï-lama -, mais pour son autorité spirituelle et le gouvernement temporel de sa communauté.

Henri Tincq

11.8.08

L'Inde boude les Jeux de son grand rival

LE MONDE | 11.08.08 |

"Ne vous attendez pas à un miracle", a prévenu Suresh Kalmadi, le président du Comité olympique indien, avant même le début des Jeux de Pékin. Une médaille de bronze pour plus de 1 milliard d'habitants : le dernier palmarès olympique de l'Inde, aux Jeux d'Athènes, ne rend guère optimiste. Pour ceux de Pékin, l'équipe masculine de hockey sur gazon (discipline qui, jusque-là, a rapporté les huit seules médailles d'or que le pays ait gagnées aux JO), n'est pas parvenue à se qualifier. Autant dire que le titre olympique remporté par Abhinav Bindra au tir à la carabine à 10 m, lundi 11 août, est déjà un beau résultat.
Avec si peu d'espoir, les Jeux olympiques ne suscitent guère d'enthousiasme dans la population. Seule la chaîne de télévision publique indienne, Doodarshan, a accepté d'acheter les droits de retransmission pour 3 millions de dollars. Faute de spectateurs et donc de sponsors, elle ne s'attend pas non plus à un miracle. "Nous perdrons de l'argent", assure une des responsables de la chaîne.

Pourquoi l'Inde, géant démographique, est-elle absente des podiums olympiques ? Les journaux du pays avancent différentes explications. La culture indienne manquerait d'agressivité, ou encore son système de castes privilégierait le savoir avec, dans le haut de sa pyramide, les "brahmanes" - ou prêtres -, qui n'ont pas la réputation d'être d'excellents athlètes.

A BANGALORE, LES CAMPUS INFORMATIQUES ONT REMPLACE LES STADES

D'autres commentateurs estiment que même le sport, en Inde, est gangrené par la bureaucratie. Il n'y a qu'à se pencher sur les chiffres : 42 entraîneurs accompagneront les 56 athlètes à Pékin. Mais c'est davantage le manque d'infrastructures et de financements qui pose problème. "La moitié de nos écoles n'ont pas de terrain de sport, et c'est encore pire pour nos universités" déplore M. Kalmadi.

Le sport a été la victime du boom des nouvelles technologies. A Bangalore, les campus informatiques ont remplacé les stades. "Les infrastructures de la ville ont considérablement diminué ces dernières années", témoigne Vimal Kumar, ancien champion de badminton. Le cricket qui, au grand dam des Indiens, ne fait pas partie des disciplines olympiques, est accusé d'éclipser tous les autres sports. "L'argent dont nous avons besoin est aspiré par le cricket", explique Randhir Singh, le secrétaire général du Comité olympique indien. En Inde, le cricket se joue à chaque coin de rue. Une batte et une balle suffisent.

Pour un pays qui prétend rivaliser avec la Chine, la comparaison, au moins dans le domaine sportif, n'est pas flatteuse. Mais les commentateurs tentent de minimiser les dégâts. "La Chine aurait dépensé 1 milliard de dollars pour entraîner ses athlètes ces sept dernières années. Cet argent devrait plutôt être dépensé, au moins en Inde, dans la construction d'écoles et d'hôpitaux, ainsi que dans l'urbanisation", estime l'éditorialiste Kanika Datta dans le quotidien Business Standard, avant de conclure : "La Chine n'est pas la destination favorite des investisseurs étrangers, car elle figure parmi les cinq meilleurs aux Jeux olympiques."

Les Indiens auront au moins remarqué qu'il n'y a pas que des médailles aux Jeux olympiques de Pékin, il y a aussi des touristes. Pour compenser son absence des podiums, le ministère indien du tourisme va lancer une grande campagne de communication dans les rues de Pékin. Loin de la clameur des stades, les panneaux publicitaires afficheront ce redoutable slogan : "Incroyable Inde !"
Julien Bouissou
Article paru dans l'édition du 12.08.08.