26.3.08

En Inde, la pollution des eaux fait des ravages chez le gavial

En l'espace de trois mois, 110 gavials, une espèce de crocodiles apparue il y a 200 millions d'années et considérée comme étant en danger critique d'extinction par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), ont été retrouvés morts en Inde, victimes de la pollution des fleuves. Il ne resterait plus qu'un millier d'individus dans le monde, dont une majorité dans le sous-continent indien.
Les cadavres ont été découverts sur une portion de 40 km de la rivière Chambal, dans le nord du pays. Fin janvier, quatre experts internationaux ont été dépêchés sur place pour tenter d'élucider les causes du phénomène. "Nous avons mené une sorte d'enquête policière", témoigne le vétérinaire français Samuel Martin, directeur de la Ferme aux crocodiles, située dans la Drôme, qui a participé aux recherches.

Celles-ci ont commencé par une collecte d'indices. Les tissus et les organes des animaux morts ont été analysés. Ce sont les reins qui ont livré la clé de l'énigme. "Ils étaient blancs alors qu'ils sont rouges dans des organismes sains, explique Samuel Martin. Ils n'ont pas pu filtrer l'acide urique présent dans le sang, qui s'est alors déposé sur les organes vitaux."

Cela aurait provoqué des arrêts cardiaques. Les poissons dont se nourrissent les gavials, empoisonnés par des produits toxiques, seraient responsables de cette mortalité. L'hypothèse d'une infection virale a été écartée.

Reste à élucider une autre énigme : pourquoi les gavials sont-ils les seuls à avoir succombé ? Les dauphins et les tortues carnivores ont été épargnés. Seuls des crocodiles âgés de vingt-cinq à trente ans sont morts. J.K. Jatav, du service vétérinaire de la région du Madya Pradesh, avance une hypothèse : "Les gavials sont les seuls à se nourrir exclusivement de poissons, et ils peuvent difficilement remonter les cours d'eau en cas de pollution, contrairement aux dauphins."

Le métabolisme des gavials a aussi pu jouer un rôle dans leur empoisonnement : "Les basses températures hivernales ont dû ralentir l'élimination par l'organisme des substances toxiques", estime Samuel Martin.


DÉCHETS INDUSTRIELS


Les substances toxiques prélevées sur les cadavres n'ont pas encore été identifiées. Seule certitude : c'est la pollution du fleuve Yamuna qui est responsable de la mort des gavials. Usines chimiques, papeteries et distilleries sont nombreuses à déverser leurs déchets, non traités, dans ce fleuve qui se trouve aujourd'hui au bord de l'asphyxie.

Lors de la mousson, entre juillet et septembre, ses eaux remontent dans la rivière Chambal et intoxiquent les crocodiles. Après une période d'"incubation" de quatre à six mois, ceux-ci succombent. Et, comme le précise Ravi Singh, directeur général de la branche indienne du Fonds mondial pour la nature (WWF), "il n'est pas possible de capturer les gavials pour les protéger des eaux polluées, car ils sont nombreux à mourir en captivité".

Julien Bouissou
Article paru dans l'édition du 26.03.08.

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