29.1.08

Une nouvelle vague de violences antichrétiennes menace la cohésion indienne

LE MONDE 28 01 08

les églises catholique et protestante d'Inde s'alarment d'une nouvelle vague d'agressions antichrétiennes, en particulier dans l'Etat de l'Orissa, dans l'est du pays. Les chrétiens n'y représentent qu'1 % de la population, notamment chez les aborigènes ("tribals"), les dalits ("intouchables") et les basses castes. Mais le parti nationaliste hindou BJP, au pouvoir dans cet Etat, est accusé d'y faire régner un climat de terreur contre la population non hindoue.

Des affrontements ont éclaté à Bhubaneswar, capitale de l'Orissa, le jour de Noël, que les catholiques, baptistes et pentecôtistes avaient exceptionnellement décidé de célébrer ensemble. Les violences ont duré cinq jours. Cinq fidèles chrétiens (dont on ne connaît pas encore l'appartenance confessionnelle) ont été tués. Une cinquantaine d'églises et 400 maisons appartenant à des familles chrétiennes ont été incendiées.

Depuis ce Noël sanglant, les chrétiens se plaignent de harcèlement et de menaces venant de militants nationalistes. Par la force, certains consentent à se convertir à l'hindouisme ou à fuir leurs habitations. "Je n'avais d'autre alternative que de me convertir. Les fondamentalistes hindous auraient incendié ma maison. Ils m'ont également menacé de mort", témoigne Sumant Digal, un protestant originaire de la région de Kandhamal, la plus touchée par les violences, cité par des sources locales.

On est loin des violences antimusulmanes du Gujarat en 2002 (2 000 morts), mais les affrontements de l'Orissa ont provoqué un choc dans le pays. Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs Etats. Le 21 janvier, au Maharashtra, près de 20 000 chrétiens ont marché pacifiquement dans les rues de Pune pour protester contre ces attaques jugées préméditées.

MESURES DE SÉCURITÉ

Président de la conférence des évêques d'Inde, le cardinal Telesphore Toppo, archevêque de Ranchi (au nord de l'Orissa), a été empêché de se rendre dans la capitale auprès des victimes. Il s'est plaint auprès du premier ministre, Manmohan Singh, et a réclamé des mesures énergiques de sécurité pour les minorités chrétiennes à travers tout le pays. Soeur Nirmala, supérieure des Missionnaires de la charité (successeur de Mère Teresa), a pu se rendre sous escorte policière dans la capitale endeuillée, mais s'est dite affectée par l'étendue des dégâts : "Le pays devrait avoir honte de tolérer de telles atrocités."

La comparaison est faite avec des attaques perpétrées contre des aborigènes au Gujarat à Noël 1998. La tension antichrétienne est également montée, ces derniers mois, dans des Etats comme le Chhattisgarh, le Madhya Pradesh ou le Rajasthan, où le BJP est très influent. Selon des témoignages rapportés par India today ou Eglises d'Asie, journal des Missions étrangères de Paris, ces violences touchent les populations les plus défavorisées, parmi lesquelles les missionnaires chrétiens se montrent le plus actifs. Ils luttent pour leur émancipation.

De leur côté, les groupes nationalistes hindous considèrent qu'ils ne peuvent diriger politiquement l'Inde que dans la mesure où les aborigènes (plus de 8 % de la population) et les dalits (16,5 %) - catégories sociales rejetées par la société indienne - se rallient à eux.

Les chrétiens engagés représentent, de fait, un obstacle à la réalisation de leur plan. C'est bien l'avenir du modèle de cohabitation communautaire indien qui est en jeu. Au nom de l'Hindutsva (hindouité de l'Inde), le BJP exige le contrôle des minorités non hindoues. Il n'a jamais fait mystère de sa volonté de redéfinir les règles de la "laïcité à l'indienne", seule garante de l'existence et de liberté pour les minorités.
Henri Tincq

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