5.1.08

Pakistan : Asif Zardari, veuf de Benazir Bhutto, "un pragmatique opportuniste"

LE MONDE | 03.01.08 |

Depuis son autodésignation, dimanche 30 décembre 2007, à la coprésidence du Parti du peuple pakistanais (PPP), fondé par son beau-père Zulficar Ali Bhutto, Asif Zardari, veuf de Benazir Bhutto, a réalisé quasiment un sans-faute. La nomination comme président du seul fils du couple, Bilawal, 19 ans, qu'il a demandé d'appeler désormais Bhutto-Zardari, a été très bien reçue par les membres du PPP. Ces derniers voulaient quelqu'un de la famille pour combler le vide créé par l'assassinat de l'ancien premier ministre.


Sa décision de constituer à ses côtés un comité consultatif de sept membres a rassuré, tout comme l'annonce du nom d'Amin Fahim, le vice-président du parti, comme candidat au poste de premier ministre en cas de victoire du PPP aux élections législatives. Ses premières déclarations appelant au calme et surtout à l'unité du pays ont aussi agréablement surpris la presse pakistanaise. Son agressivité dans le discours, qui fait écho à la colère des militants, va de pair avec la responsabilité qui incombe désormais à celui qui compte parmi les plus importants responsables politiques du pays.

A 51 ans, M. Zardari était jusqu'à maintenant plus connu comme "M. 10 %" pour les bénéfices supposés pris sur les grands contrats signés sous les deux gouvernements de Benazir Bhutto (1988-1990 puis 1993-1996). Arrêté et emprisonné pour corruption en 1990, après la destitution du premier gouvernement Bhutto, il n'avait été libéré qu'en 1993 après le retour au pouvoir du PPP. Nommé alors, par sa femme, ministre des investissements, il avait de nouveau été arrêté en 1996 à la chute du deuxième gouvernement Bhutto, destitué encore une fois pour corruption.

Emprisonné, il fut alors non seulement accusé de corruption et d'abus de pouvoir, mais aussi de complicité dans le meurtre de son beau-frère Murtaza Bhutto, tué par balles à quelques centaines de mètres de son domicile de Karachi. Selon les enquêteurs pakistanais, qui n'ont jamais rien pu prouver, M. Zardari avait amassé une fortune de plus de 100 millions de dollars.

En 1998, il avait été inculpé, avec Benazir Bhutto, de blanchiment d'argent en Suisse. Libéré en décembre 2004, après huit ans de prison, M. Zardari s'était d'abord rendu à Dubaï, où vivait sa famille, puis à New York, où il possède aussi une résidence. Politiquement, affirme l'analyste Zahid Hussein, Asif Zardari est d'abord "un pragmatique opportuniste qui n'a pas de très solides convictions idéologiques". Il suivra sans doute les positions traditionnelles du PPP, que l'on peut définir comme un parti libéral, démocratique, proche des classes défavorisées.

Le premier vrai test politique de M. Zardari surviendra à l'issue des élections. Celles-ci obligeront-elles le PPP à une coalition et avec qui ? Interrogé, mercredi 2 janvier, sur une éventuelle collaboration avec le président Pervez Musharraf, M. Zardari s'est refusé à répondre. Pour l'instant, l'héritier fait montre de prudence. Seul le temps jugera de sa capacité à tenir les rênes du plus grand parti pakistanais.
Françoise Chipaux

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