5.1.08

Bhutto : Le parcours unique d'une dame de fer

Extrait.
La Croix: 28.12.07

Deux mandats marqués par une corruption record
Mais les réalisations ne sont pas à la hauteur des espoirs. Benazir Bhutto remplit deux mandats, de 1988 à 1990 et de 1993 à 1996. À deux reprises, elle est débarquée par le président pour corruption. Son bilan est à chaque fois très contesté. Il est vrai qu’elle doit quotidiennement lutter contre l’establishment de son pays qui n’a jamais vraiment accepté l’arrivée au pouvoir d’une femme.

Mais, fille de grands propriétaires, Benazir s’est bien gardée de mener la moindre politique de réforme agraire. Celle qui incarnait l’espoir d’un islam laïc qui accorderait aux femmes un véritable statut a maintenu la situation en l’état. Comme ses prédécesseurs, elle a fait jeter ses opposants en prison et fermer six journaux, elle a cédé aux militaires près d’un tiers du budget national et nommé ses proches à des postes de responsabilité.

Ses deux mandats restent marqués par une corruption record. Alors que le pays est plongé dans le chaos et la pauvreté, son mari, Asif Zardari, affublé du sobriquet de « Monsieur 10, puis 30 puis 90 % » et son beau-père, Hakim, se sont enrichis et figurent sur la liste des personnes les plus recherchées du pays.

Une dynastie marquée par les tragédies
Son mariage aura toujours été un mystère. La bonne société pakistanaise ne comprenait pas cette alliance avec un homme comme Zardari. Il n’était pas de son rang. Lorsqu’elle fait sa connaissance, il possède un cinéma à Karachi et a une solide réputation d’homme à femmes. Elle a 34 ans lorsqu’elle l’épouse. Mais au Pakistan, « rester célibataire jouerait contre elle politiquement, à l’intérieur et à l’extérieur du pays », comme elle l’écrit dans ses Mémoires.

Benazir était la dernière représentante de la dynastie Bhutto, marquée comme les Kennedy par ses tragédies. Son frère, Murtaza, fut un temps pressenti pour jouer un rôle important comme chef de parti. Mais, à la mort de son père, il s’enfuit en Afghanistan occupé par les communistes. Il lance une campagne contre le régime militaire au Pakistan.

Il se fait élire en 1993 et retourne au pays peu de temps après. Sa sœur le voit comme un rival potentiel. En 1996, il est assassiné dans des conditions mystérieuses. L’autre frère de Benazir, Shahnawaz, lui aussi actif en politique, avait été retrouvé mort, en 1985, dans son appartement de la Côte d’Azur.

Le 18 octobre dernier, quand elle revient au Pakistan, après avoir connu des revers de fortune, Benazir Bhutto était plus combative que jamais. Elle était bien décidée à reconquérir le pouvoir. Mais la mort l’attendait, deux mois plus tard.

Agnès ROTIVEL

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