4.7.07

Au Pakistan, les islamistes retranchés dans la mosquée Rouge commencent à se rendre

LE MONDE | 04.07.07

Les forces de sécurité pakistanaises assiégeaient toujours, mercredi 4 juillet à Islamabad, la mosquée Lal (ou mosquée Rouge) au lendemain d'affrontements qui ont fait seize morts - dont un journaliste cameraman - et environ 150 blessés. Des centaines de soldats, paramilitaires et policiers, aidés de véhicules blindés, encerclaient ce sanctuaire d'islamistes radicaux, où plusieurs dizaines d'élèves de madrasa (école islamiques) armés sont retranchés, alors que le gouvernement pakistanais sommait les dirigeants de la mosquée de se rendre. Vers 14 heures (heure locale), des groupes d'islamistes commençaient à se rendre, a-t-on appris de source officielle.

Le couvre-feu a été décrété autour de la mosquée. Selon le secrétaire pakistanais à l'information, Anwar Mehmood, les femmes et les enfants ont quitté les deux madrasas liées à la mosquée. "Des efforts sont déployés pour contraindre (les hommes retranchés) de se rendre sans violences", a-t-il précisé.

Abdul Rashid Ghazi, l'un des deux frères qui dirigent la mosquée, a déclaré accepter une reddition conditionnelle. "Nous sommes prêts à déposer les armes si nous avons des garanties écrites que (les forces de sécurité) n'attaqueront pas et qu'ils ne lanceront pas d'opération." Il a démenti la présence de kamikazes à l'intérieur de la mosquée. Il a assuré que les étudiants islamistes retranchés dans la mosquée avaient suffisamment de vivres pour tenir "aussi longtemps qu'Allah le voudra".

Les affrontements ont éclaté, mardi, après que la police a lancé plusieurs salves de gaz lacrymogènes afin de riposter à des étudiants armés de bâtons, accompagnés de jeunes étudiantes vêtues de la burqa, qui s'en étaient pris à des policiers et s'étaient saisis de leurs armes. Alors que la population fuyait les quartiers commerçants de la capitale, des étudiants, protégés par des barricades et par des sacs de sable, ont échangé des tirs avec les forces de l'ordre au cri de "djihad ! djihad !".

" Le sang de nos martyrs ne sera pas versé en vain. Nous sommes prêts pour des attaques-suicides", a déclaré par haut-parleur un mollah. "Notre guerre sainte se poursuivra jusqu'à ce que la charia (loi islamique) soit appliquée dans tout le pays", ajoutait-il.

Plus tard, les étudiants ont incendié un bâtiment du ministère de l'environnement. Une forte explosion a été entendue, vraisemblablement en relation avec les incendies. Les échanges de tirs se sont poursuivis dans l'après-midi.

Ces violences surviennent après des mois de tension autour de la mosquée Rouge dont les chefs n'ont cessé de défier l'autorité du président pakistanais, Pervez Musharraf. Le 23 juin, ils ont enlevé plusieurs civils chinois et pakistanais lors d'une campagne de moralisation. A la mi-mai, ils avaient pris en otages des policiers pour exiger la libération d'étudiants détenus par les autorités. Le 6 avril, ils s'étaient livrés à un autodafé à l'extérieur de la mosquée en brûlant des DVD, cassettes vidéo et magnétoscope, qui représentent à leurs yeux le "vice".

Depuis janvier, une vingtaine d'agents de sécurité avaient été placés aux abords de la mosquée, après l'attaque par les étudiants d'une bibliothèque publique pour enfants. - (AFP.)

Article paru dans l'édition du 05.07.07

Aucun commentaire: