15.6.07

Conservatrice et influente, l'Eglise roumaine entretient un climat favorable aux populistes

LE MONDE | 12.06.07

Les 700 policiers et gendarmes mobilisés pour protéger la "marche de la diversité" des homosexuels roumains, le 9 juin, ont eu du mal à contenir la contre-manifestation de l'extrême droite, autoproclamée "marche de la normalité".

Malgré la dépénalisation officielle de l'homosexualité en 2002, les Roumains, dont 87 % se revendiquent de l'Eglise orthodoxe, restent peu compréhensifs à l'égard des minorités sexuelles. "La Roumanie a fait des progrès en termes de législation mais la société n'est pas encore au niveau de la loi, sans compter l'opposition de l'Eglise orthodoxe", affirme la révérende canadienne Diane Fisher, qui oeuvre depuis plusieurs années en faveur de la communauté homosexuelle roumaine.


L'homosexualité est considérée par l'Eglise orthodoxe comme un "péché mortel". "La Patriarchie roumaine désapprouve les manifestations des minorités sexuelles sur le domaine public, lit-on dans un communiqué signé par la direction de l'Eglise orthodoxe. La Gay Pride est une offense contre la moralité de la vie publique, contre l'institution sacrée de la famille et un danger pour la formation des jeunes générations exposées à la corruption morale."

Malgré l'adhésion de la Roumanie à l'Union européenne, l'Eglise orthodoxe garde sa réputation d'institution conservatrice qui tarde à faire son aggiornamento. En mars, elle s'est retrouvée, une fois de plus, au premier plan de la vie publique roumaine lors d'un débat sur la présence des icônes dans les écoles publiques, qui a divisé la société roumaine.

Profitant de l'adhésion à l'UE, une poignée d'associations militant pour les droits de l'homme ont demandé le retrait des icônes des écoles publiques. "L'Etat privilégie l'Eglise orthodoxe et ne respecte pas la séparation des pouvoirs", s'insurge Remus Cernea, président de l'association pour la liberté de conscience.

ENLEVER LES ICÔNES DE L'ÉCOLE

La polémique avait débuté dans la petite ville de Buzau, située au sud-est de la Roumanie, où un professeur de philosophie avait décidé de défier l'Eglise, en déposant une plainte contre la présence des icônes dans les écoles, auprès du conseil national contre la discrimination, une institution publique indépendante. "Les croyants ne peuvent pas tout décider même quand leur religion est majoritaire, lance le jeune professeur Emil Moise. Nous ne sommes pas un Etat religieux, nous ne vivons pas dans une société islamique. Nous avons un Etat de droit, une Constitution et elle doit être respectée. Personne n'est au-dessus des lois. Les icônes n'ont pas leur place sur les murs des écoles publiques."

A la surprise générale, le conseil contre la discrimination a donné raison au professeur et proposé aux autorités d'enlever les icônes des écoles. L'Eglise orthodoxe a protesté avec véhémence et bloqué cette décision. "Ni l'Eglise, ni le ministère de l'éducation, ni le Parlement, ou quelconque autre institution de ce pays, ne peut intervenir dans le règlement de ce problème, déclare Costel Stoica, porte-parole de l'Eglise. J'estime que les seuls autorisés à donner leur avis sont les parents, les élèves et les professeurs."

Les réactions contre la Gay Pride du 9 juin, à Bucarest, ont confirmé une fois de plus l'énorme poids que l'Eglise orthodoxe continue d'avoir en Roumanie. Les populistes exploitent la situation pour tenter de séduire un électorat sensible aux questions religieuses. Gigi Becali, patron du club de football Steaua et leader du parti populiste de la Nouvelle Génération, a dénoncé la "marche de Satan" des homosexuels. Etoile montante de la politique roumaine - il est l'homme politique le plus populaire en Roumanie après le président Traian Basescu, selon les sondages -, très populaire dans le milieu des prélats roumains, M. Becali a fait interdire l'hymne de son équipe de football, Whe are the champions, chanté par le soliste du groupe Queen, Freddie Mercury, au prétexte que "ce type était un homosexuel, donc un fou".
Mirel Bran

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