26.1.07

Les orphelins de la Grande Serbie

LE MONDE | 20.01.07

Krnajca ne figure pas sur la feuille de route des caravanes électorales. En pleine campagne pour les législatives de dimanche 21 janvier, aucun candidat n'a fait le détour par ce camp où survivent plus de 400 réfugiés. Serbes de Bosnie-Herzégovine ou de Croatie, ils sont arrivés là au milieu des années 1990 et ont été rejoints par des personnes déplacées du Kosovo, quelques années plus tard. L'ancien baraquement ouvrier pue le désespoir. Il transpire la mauvaise conscience d'un Etat qui héberge là quelques-uns des centaines de milliers de destins que le régime de Slobodan Milosevic a brisé durant presque une décennie de guerre (1991-1999).
Le statut du Kosovo se négociera bientôt au siège new-yorkais des Nations unies. L'avenir de cette province de Serbie placée sous mandat international depuis juin 1999 alimente les discours de campagne. A des années-lumière de là, Krnajca s'enfonce dans le désespoir. "Nous n'avons aucun avenir", soupire Branko, un retraité qui cache son nom de famille. Il était concierge au Kosovo. Il est maintenant assis, grâce à un hiver clément, sur le pas de sa porte, à regarder courir les chats, ruminant le souvenir de sa femme morte dans ce cloaque.

A 10 kilomètres de Belgrade, le camp de Krnajca est enlisé aux confins d'une zone industrielle, au bout d'un chemin de terre irrégulièrement couvert de plaques de béton et bordé par des monticules de déchets ménagers. A droite du chemin, des dizaines de familles de Roms s'entassent dans un bidonville de torchis où des enfants en haillons alimentent un feu d'où s'échappent des volutes de fumées pestilentielles. En face, au-delà d'une barrière grillagée gardée, s'alignent une dizaine de bâtiments préfabriqués qui, eux, tiennent debout. Bienvenue à Krnajca, ancien baraquement pour les ouvriers d'une entreprise de construction, reconverti en centre collectif pour réfugiés en 1993.

Des centaines de milliers de Serbes fuyaient alors les combats qui avaient éclaté en Croatie deux ans plus tôt. D'autres allaient suivre, après l'embrasement de la petite Bosnie-Herzégovine, dépecée par les nationalistes serbes et croates, jetant, cette fois, des centaines de milliers de Bosniaques musulmans sur les routes. Jusqu'aux accords de paix de Dayton, en décembre 1995, 537 000 Serbes de Croatie et de Bosnie se sont réfugiés dans la "mère patrie". En 1999 et 2000, se sont ajoutés quelque 209 000 non-Albanais (dont deux tiers de Serbes) originaires du Kosovo. "Je ne compte que ceux enregistrés officiellement car autant de Kosovars ne figurent pas sur les registres, précise Dragisa Dabetic, commissaire pour les réfugiés dans le gouvernement serbe. Nous sommes les champions d'Europe pour les réfugiés : 7,5 % de la population."

Au plus fort des mouvements de population, 800 centres d'hébergement étaient éparpillés dans toute la Serbie. Il en reste encore plus de 100, hébergeant près de 10 000 personnes. Au fil des ans, les autres ont déserté les camps. "Notre situation est incomparable avec celle de certains pays africains ou asiatiques, concède Dragisa Dabetic, mais c'est une charge budgétaire trop lourde pour une économie en transition qui sort de quinze années de guerres et d'embargo international. Les réfugiés ne font plus la "une" des journaux, la plupart des organisations non gouvernementales internationales sont parties. Pourtant, nous sommes assis sur une bombe sociale."

Dans un pays où l'on dénombre au bas mot un million de chômeurs pour plus de dix millions d'habitants, où il y a deux actifs pour un retraité, le sort des réfugiés n'est pas une priorité. "Nous n'intéressons plus personne, lâche Duzanca Pievalica, avachie devant une télé-novela sud-américaine dans une des maisons collectives de Krnajca. Même plus les escrocs qui nous prenaient à l'époque des milliers de deutschemarks en nous promettant de nous faire partir en Australie." Cette sexagénaire édentée a fui précipitamment son appartement de Knin (Croatie) en 1995, au matin d'une offensive de l'armée croate sur des zones tenues par les Serbes. Elle est partie sans prendre le temps de saisir le titre de propriété de son appartement, sans doute perdu à jamais. "En revanche, précise-t-elle, 99 % des Serbes de Bosnie ont récupéré leurs titres de propriété, même si peu d'entre eux veulent y retourner vivre."

Duzanca, son mari et ses deux fils ont échoué en 2003 dans cette chambre de 20 m2 à Krnajca - lino briqué, lits superposés, sapin de Noël clignotant et sanitaire commun au bout du couloir. Le fils aîné tente sa chance aux Etats-Unis. Le cadet bricole à Belgrade. Le lot commun des réfugiés, fait de vente à la sauvette de cigarettes de contrebande, de taxis illégaux, d'autres choses moins avouables...

"Il n'y a rien pour nous, sauf du travail au noir", regrette Blazo Jaredic, 22 ans. Diplômé d'un lycée de construction, il enchaîne les petits boulots sur des chantiers. Pas de fiches de salaire - de toute façon payé au lance-pierre - donc pas d'autre logement que ces préfabriqués marqués du sceau de la promiscuité. "Pas possible d'amener une copine, donc pas de mariage", résume le vieux Branko. Blazo est parti de sa ville natale de Klina, au Kosovo, avant la fin de la campagne de bombardement de l'OTAN, en juin 1999. L'Alliance atlantique faisait alors plier le régime de Slobodan Milosevic, dont les forces avaient entrepris de vider le Kosovo de ses habitants albanais et de réduire à néant la résistance de l'UCK, l'Armée de libération du Kosovo des indépendantistes albanais.

Parti pour quelques jours, croyait-il, Blazo "n'a plus remis les pieds au Kosovo et ne les remettra plus". Le vieux Branko ne dit pas autre chose : "1 000 % non ! je n'y retournerai pas. Djakovica (sa ville d'origine et celle de ses ancêtres) est ethniquement pure maintenant. Trop proche de l'Albanie. Je ne récupérerai jamais ma maison, or c'est tout ce qui compte pour moi. Mon avenir s'arrête ici. On peut me donner tout le Kosovo, je ne rentrerai pas", soupire-t-il en larmoyant.

Au même instant, sur l'autre rive du Danube, le parti au pouvoir entretient une illusion que n'ont même plus les personnes concernées. Vojislav Kostunica, nationaliste sourcilleux, premier ministre et chef du Parti démocratique serbe (DSS), prend des accents patriotiques. Ce juriste tatillon qui s'était déjà opposé en 1974 à la Constitution yougoslave du maréchal Tito, accordant l'autonomie au Kosovo et à la Vojvodine, promet de préserver la souveraineté de la Serbie. Il met en garde contre "une nouvelle épuration ethnique visant les Serbes du Kosovo" si jamais - comme on lui en prête l'intention - l'envoyé spécial de l'ONU, Martti Ahtisaari, arrive à faire partager par le Conseil de sécurité son projet d'indépendance conditionnelle de cette province.


Vojislav Kostunica, lui, jure que, s'il est maintenu à son poste, jamais on n'amputera le pays de la "Jérusalem serbe". Ce Kosovo où siègent les plus beaux et les plus anciens monastères de l'Eglise orthodoxe du pays, mais où 90 % de la population est albanaise et n'entend plus rien partager avec Belgrade. "Quand Vojislav Kostunica parle du Kosovo, il le fait d'une manière globale, il ne promet pas un litre de lait supplémentaire pour chaque réfugié", traduit Dragisa Dabetic.

"Tous des menteurs", renchérit Aleksander Dabic, à propos des hommes politiques. Cet étudiant en sciences de l'information travaille dur pour payer ses études et subvenir aux besoins de sa famille. "Tous menteurs", mais Aleksander ne nourrira pas le flot des abstentionnistes qui coupe l'électorat serbe en deux parts égales et fait le jeu des nationalistes radicaux du SRS, principale formation parlementaire, dont les partisans, plus mobilisés, se recrutent notamment parmi les réfugiés et les déplacés, outre les classes les plus populaires. "La vie est plus importante qu'un bout de terre, les nationalistes prospèrent sur la bêtise des gens", explique ce jeune homme qui, avec son association, Modem, tente de rejeter des ponts entre son Kosovo natal et le reste de la Serbie. Attablé dans un café de Belgrade, il dit qu'il ira, dimanche, "voter, sans trop d'illusions, pour les "démocrates"". Ce qualificatif désigne le Parti démocrate (DS) du président Boris Tadic, annoncé au coude-à-coude avec les nationalistes du SRS, ou le tout jeune Parti libéral démocrate (LDP) de "Ceda" Jovanovic, "ce trentenaire qui plaît aux femmes", ironise Aleksander Dabic.

Plus chanceux que son frère qui ronge son frein à Smederevo, dans le plus grand centre collectif de Serbie, établi sur le site de l'aciérie du groupe américain US Steel, à une quarantaine de kilomètres de Belgrade, le père d'Aleksander a pu vendre sa maison kosovare d'Urosevac. La famille est dorénavant propriétaire d'un appartement belgradois. C'est déjà beaucoup. Même si le père, ingénieur, s'éreinte dans des métiers manuels sans lendemain.

Aleksander, du haut de ses 26 ans, DJ ou serveur occasionnel dans l'une des multiples discothèques de Belgrade, appartient à cette jeune génération de Serbes qui a tourné la page. "Retourner au Kosovo d'où nous sommes partis avec 300 euros en poche ? Pourquoi pas ! Si j'y ai un bon job. Mais le Brésil, ça a l'air bien aussi ! Le monde est grand et la Serbie doit en prendre conscience."

Christophe Châtelot Envoyé spécial

5.1.07

Voyage autour de la mer Noire, par Thomas Ferenczi

Le Monde, Article paru dans l'édition du 05.01.07.

Parce qu'il refuse de payer la nouvelle taxe imposée par les autorités ottomanes sur la traversée du Bosphore, un riche marchand de Constantinople, le seigneur Kéraban, décide de regagner sa villa de Scutari par le chemin inverse : il fera le tour de la mer Noire pour rentrer chez lui sans s'acquitter de cet impôt "inique" et "vexatoire", même si ce voyage doit lui coûter beaucoup plus cher que la modeste contribution demandée par le gouvernement. Comme le train ne lui plaît pas et que le bateau lui donne le mal de mer, il lui faudra parcourir en chaise de poste, pendant quarante-cinq jours, près de 3 000 kilomètres à travers les terres souvent inhospitalières qui bordent ce vaste lac intérieur, connu dans l'Antiquité sous le nom de Pont-Euxin.

Le roman de Jules Verne qui raconte cette tumultueuse odyssée s'intitule Kéraban le têtu. Publié en 1883, il n'est pas le plus connu de l'auteur des Voyages extraordinaires, mais il constitue une bonne leçon de géographie pour qui veut s'aventurer, sur les pas du seigneur Kéraban, aux confins orientaux de l'Europe. "Du moment que le seigneur Kéraban prétendait suivre le périmètre de la mer Noire, son itinéraire allait d'abord se développer sur le littoral de la Roumélie, de la Bulgarie et de la Roumanie pour atteindre la frontière russe", explique l'auteur. Le voyageur passerait ensuite par la Bessarabie, la Chersonèse, la Tauride, puis le Caucase et la Transcaucasie, avant de longer l'Anatolie jusqu'à retrouver le Bosphore "sans avoir rien payé de la taxe nouvelle".

Les pays qui entourent la mer Noire sont aujourd'hui l'Ukraine au nord, la Russie et la Géorgie à l'est, la Turquie au sud, la Bulgarie et la Roumanie à l'ouest. Avec l'entrée de ces deux derniers Etats dans l'Union, celle-ci est désormais riveraine. Cette mer qui fut naguère fortement insérée dans l'espace soviétique est devenue en grande partie européenne, et elle le sera plus encore quand la Turquie puis éventuellement l'Ukraine adhéreront à leur tour. L'importance stratégique de la mer Noire, lieu de passage du gaz et du pétrole de la mer Caspienne et moyen d'accès à la Méditerranée par les détroits du Bosphore et des Dardanelles, n'est plus à démontrer. Elle explique les convoitises dont cette zone est l'objet depuis longtemps.

Pourtant l'Union européenne manque d'une stratégie claire à l'égard des pays de la région. En réalité, elle en a trois, souligne Marius Vahl, chercheur au Centre for European Policy Studies (CEPS), un institut bruxellois : l'adhésion pour la Bulgarie, la Roumanie et la Turquie, la politique de voisinage pour l'Ukraine et la Géorgie, un nouveau partenariat stratégique pour la Russie. Alors que l'Europe s'efforce de développer à ses frontières à la fois une "dimension nordique" et une "dimension euroméditerranéenne", elle ne s'est pas encore dotée, regrette cet expert, d'une "dimension mer Noire", faute du soutien actif de ses membres. La Bulgarie et la Roumanie se proposent précisément de contribuer à la recherche de cette nouvelle "synergie", selon l'expression d'un autre analyste du CEPS, Fabrizio Tassinari, qui invite l'UE à concentrer ses efforts de coordination sur cinq secteurs prioritaires : l'environnement, les transports, l'énergie, la sécurité intérieure, la démocratie.

L'Union européenne devra faire preuve de beaucoup de détermination pour organiser cette coopération. Il lui faudra associer aux discussions la Russie et la Turquie, qui sont les deux principales puissances de la région. Avec l'une comme avec l'autre, les relations ne sont pas au beau fixe. Russes et Turcs ont montré, dans leurs négociations avec Bruxelles, qu'ils sont des interlocuteurs opiniâtres. Relisons Jules Verne : l'entêtement du seigneur Kéraban n'a d'égal que l'obstination d'un autre de ses personnages, le Russe Michel Strogoff.

Thomas Ferenczi

4.1.07

Le malaise du Liaoning, ou l'envers de la croissance chinoise

Le Monde 27.12.06
(Comment une région chinoise invente un nouvel Etat providence)

'est une "boutique" en forme d'inventaire à la Prévert : sur le trottoir, étalé sur une méchante bâche, Lao Liu a disposé un extraordinaire bric-à-brac. Casquette vissée sur le crâne, cet ancien ouvrier de 60 ans, qui a perdu son emploi, survit en gardant les vélos sur un parking d'immeuble tout en arrondissant des fins de mois difficiles en vendant tout et n'importe quoi dans ce quartier de Shenyang, grande ville de cette région du nord-est chinois qui était autrefois la Mandchourie.

Un boulier, deux claviers d'ordinateur, une raquette de badminton, un baladeur, un fer à repasser, une machine à coudre, un cadenas, une calculatrice de poche, des fils électriques vendus au poids... Tels sont les produits proposés par M. Liu à l'attention du chaland... "Avant, je travaillais dans une usine de réparation automobile puis l'entreprise a périclité et je me suis retrouvé sans travail", soupire-t-il.

M. Liu n'est pas à proprement parler un chômeur. En Chine, il a le statut de xiagang, expression signifiant qu'il a été "débarqué" de son entreprise mais reste, en théorie, liée à cette dernière en touchant encore une partie de son salaire même s'il ne travaille plus... Une situation sociale dont l'ambiguïté est à l'aune d'une époque qui a vu le démantèlement des grandes entreprises "malades", autrefois fleurons d'une industrie lourde dont s'enorgueillissait le régime.

Depuis des mois, M. Liu vit dans ce quartier sinistré où des usines désaffectées aux vitres fracassées exhibent leurs carcasses non loin de magasins de meuble ultramodernes et de nouveaux lotissements réservés à une poignée d'"enrichis" de fraîche date. Sa "maison" est une ruine sans chauffage, exposée aux vents mauvais de l'hiver mandchou, où son épouse, une dame courbée, vêtue d'une chemise traditionnelle constellée de taches, prépare un maigre repas dans la cour de cette ancienne imprimerie désaffectée. Ses revenus sont limités mais lui permettent de joindre les deux bouts, grâce à la réactivation d'une certaine "protection sociale" : outre l'équivalent de 40 euros par mois que lui rapporte son travail de gardien de bicyclette, un fonds public lui verse une trentaine d'euros.

Il constate, sans émotion apparente : "Aujourd'hui, il y a des gens qui possèdent des frigos et la télé. Avant, tout le monde avait un travail. Les temps changent..." Dans la province industrielle du Liaoning, le chiffre cumulé des "vrais" chômeurs, des "débarqués" comme M. Liu, des personnes "en attente d'un emploi" (une catégorie encore différente) a atteint, ces dernières années, des centaines de milliers.

Le passage à l'économie de marché, surtout après la relance des réformes par l'ancien dirigeant Deng Xiaoping au début des années 1990, a provoqué dans cette ex-Mandchourie hyper-industrialisée, un cataclysme social. Dès 1986, quatre réglementations avaient, en théorie, mis fin à l'assurance de l'emploi à vie dans les entreprises publiques. Après l'"électrochoc" de 1989 et les "événements" de Tiananmen, écrit dans son ouvrage La Condition chinoise (Editions Karthala, 2006) le chercheur Jean-Louis Rocca, "les dirigeants du parti semblent considérer que la stabilité politique nécessite un nouveau "contrat social". La thèse d'une économie publique prospère et moderne, capable de continuer à absorber et à sécuriser la main-d'oeuvre urbaine ne tient plus." Cependant, "il ne s'agit pas de privatiser mais de dégager du magma informe de l'industrie d'Etat un certain nombre de grands groupes modernes semblables aux conglomérats coréens ou japonais". Il faut désormais laisser tomber les petites entreprises et conserver les grosses. Celles-ci devront se transformer en sociétés par actions mais couvertes par le "chapeau rouge", expression indiquant que leur capital est encore détenu par des organismes publics. Qui, souvent, avantagent les anciens apparatchiks locaux... Un séisme va faire trembler le monde du travail chinois après l'annonce de la disparition progressive des danwei, les unités de travail : une page se tourne sur un demi-siècle de socialisme.

Le Liaoning s'efforce aujourd'hui de jeter les bases d'un "projet pilote" destiné à reconstituer un système de protection sociale. Une quadrature du cercle : il est pour le moins délicat d'importer le système d'Etat-providence européen, parce que l'Etat ne peut totalement le financer, et pas non plus le système d'assurance-maladie à l'américaine, parce que les individus et les entreprises sont souvent incapables de payer, comme le soulignent des articles de la presse chinoise.

Au département des affaires sociales de Shenyang, chef-lieu du Liaoning, le vice-responsable Yang Shunchang explique les grandes lignes du projet, en prenant pour exemple l'assurance santé : selon lui, grâce à un échafaudage combinant cotisation et subventions - la création d'un "fonds public" financé par l'Etat et un système de participation individuelle - "85 % des travailleurs des entreprises privées, publiques et étrangères sont couverts par l'assurance-maladie".

Quant aux xiagang, comme Lao Liu, "il n'y en a presque plus", soutient M. Yang. "On a résolu le cas de 300 000 personnes en accordant des subventions, en reclassant des personnes "débarquées" ou en ayant accordé des compensations de licenciement." Un moyen commode de ne pas considérer comme chômeurs des gens qui, de facto, ne sont pas parvenus à retrouver ailleurs un emploi... "Les "shiye" (chômeurs), poursuit-il, touchent 230 yuans (23 euros) par mois pendant deux ans mais sans bénéficier de l'assurance-maladie." Et les retraites dans une Chine en état de vieillissement accéléré ? "Le problème est résolu, tranche-t-il, l'allocation retraite n'est plus à la charge de l'entreprise, elle est versée par un fonds de pension financé par l'Etat central et la municipalité."

Non loin de Shenyang, dans un parc de la ville de Fushun, Han Jinzhong, 63 ans, casquette, bleu de travail, rumine le passé en se promenant dans le parc d'un lotissement pour ouvriers. "Je travaillais dans une aciérie et les 1 200 yuans (120 euros) de ma retraite ne sont pas suffisants pour vivre. Alors j'ai dégotté un emploi provisoire dans le même secteur. Je travaille comme journalier. Ça me rapporte 20 yuans par jour. Dans le monde d'aujourd'hui il faut bien se démener pour assurer les fins de mois."

Bruno Philip