9.10.06

RUSSIE CHINE KALMOUKIE : Des Kalmouks d'importation

(Courrier International - Octobre 2006)
La Kalmoukie, république faiblement peuplée de la Fédération de Russie, accueille à bras ouverts ses cousins Chinois originaires de cette région qu'ils ont quittée au XVIIIe siècle mais dont ils ont conservé les coutumes, notamment les traditions de l'élevage, selon l'hebdomadaire russe Ogoniok.
Au dernier recensement, on comptait ici 146 316 Kalmouks, soit à peine plus que dans le district autonome du Xinjiang ouïgour, en Chine, où vivent les descendants de ceux qui, persécutés par le gouvernement tsariste, ont quitté la Russie en 1771, emmenés par le khan Ubashi. Malgré plus de deux siècles en terre étrangère, ils ne se sont jamais assimilés et ont conservé leur culture, leurs traditions et leur langue. Ainsi, ils n'ont de chinois que le passeport.

Au début des années 1990, une centaine de familles du Xinjiang, dont celle de Sadmon Namjavine, sont revenues s'installer en Kalmoukie, une région qu'il avait découverte en 1992 en tant que membre d'une délégation officielle chinoise. Il enseignait l'histoire mongole à l'université et dirigeait un journal scientifique ; sa carrière de chercheur était parfaitement réussie. Pourtant, après ce séjour au pays de ses ancêtres, il lui est apparu impossible de continuer de vivre ainsi. Il a tout abandonné pour se fixer en Kalmoukie.
A cette époque, dans toute la Fédération de Russie, la vie était difficile. Sadmon a malgré tout décroché un poste de professeur de chinois et d'histoire des peuples mongols à l'université d'Etat d'Elista. Certains ont eu moins de chance. Beaucoup ont dû recommencer à zéro et apprendre de nouveaux métiers. Pourtant, à son avis, la Kalmoukie offre de meilleures conditions que la Chine.
1. En Chine, les Kalmouks n'ont presque aucune perspective, ni professionnelle ni dans le domaine de la politique. Les minorités nationales ont beaucoup de mal à se faire une place. En Kalmoukie, au contraire, tout le monde a sa chance.
Chalzan, un autre ex-Chinois, a eu l'idée de préparer des manty [sorte de raviolis chinois] et de les vendre dans les rues d'Elista. Sa recette est devenue si populaire qu'en trois ans il a pu acheter un appartement et une voiture. Il songe désormais à acquérir une ferme et élever du bétail. Les Kalmouks arrivés de Chine pratiquent volontiers l'élevage.
2. Là-bas, nous avons conservé cette tradition, mais, en Kalmoukie même, la collectivisation et la déportation de la population en Sibérie l'ont condamnée. De nombreux éleveurs seront ravis de venir exercer leur métier ici, prédit Sadmon.
Selon les chiffres officiels, ces dix dernières années, chaque Kalmouk revenu au pays a donné du travail à trois ou quatre personnes. Et il faut savoir que les premiers arrivés n'ont touché aucune aide gouvernementale. C'est pour cela que les Kalmouks chinois sont maintenant très demandés.
3. Nous avons établi un accord avec le Service fédéral des migrations pour déterminer le nombre de personnes à accepter, explique Vladimir Sengleïev, ministre de l'Economie de Kalmoukie. Nous prévoyons 10 000 arrivées d'ici à 2009. Ce seront d'abord des Kalmouks qui n'ont pas d'antécédents judiciaires, et bien sûr des personnes qualifiées, dont la Kalmoukie a besoin.
La Kalmoukie manque de tout, en particulier d'ingénieurs. Les Chinois, qui participent au rapatriement des Kalmouks, sont en train d'investir dans la construction d'une usine d'autocars où travailleront ces rapatriés. D'autres projets communs existent déjà.
4. Les autochtones ne sont pas assez nombreux. La Kalmoukie est l'entité administrative la plus vaste du sud de la Russie et dont la densité de population est la plus faible. Pour nous, la démographie est depuis longtemps un problème crucial. Mais nous n'avions aucun intérêt à faire venir simplement de la main-d'œuvre saisonnière, qui serait ensuite partie avec l'argent gagné ici. Ce dont nous avons besoin, ce sont de gens prêts à vivre, travailler et fonder des familles sur cette terre, nous déclare à ce sujet Kirsan Ilioumjinov, le dirigeant de la Kalmoukie. Nous pouvons installer les Kalmouks de Chine le long de notre frontière avec le Daghestan, sur 250 kilomètres de pâturages que presque personne n'exploite. Dans ces zones, l'agriculture et l'élevage sont relativement rentables. Les Chinois sont travailleurs et peu exigeants. De son côté, le gouvernement kalmouk offrira des crédits à tous ceux qui en feront la demande.
Ogoniok, Vladimir Nikouline

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