12.10.06

MOLDAVIE TRANSDNIESTRIE • Qui est réellement aux commandes à Tiraspol ?

(courrier international - septembre 2006)

Le petit territoire sécessionniste s’apprête à se proclamer “indépendant” après le référendum du 17 septembre. Mais le président Smirnov, soutenu par le Kremlin, doit faire face à un nouveau concurrent…


A la veille d’importantes échéances, les attentats de cet été ont ébranlé les fragiles fondements de la Transdniestrie [deux attentats à la bombe dans les transports publics ont fait dix morts] : le 17 septembre aura lieu un référendum sur l’autodétermination, et, en décembre, ce sera le tour de l’élection présidentielle. Indéboulonnable, Igor Smirnov s’apprête à faire campagne pour la quatrième fois. Aujourd’hui, sa candidature convient à la plupart des hauts fonctionnaires, puisque les postes à responsabilité sont occupés par des hommes arrivés au pouvoir avec lui. Le président Smirnov satisfait également la Russie. Il a su gagner les bonnes grâces de Moscou non seulement en protégeant les intérêts russes dans le monde des affaires (au moment des privatisations en Transdniestrie, les businessmen russes ont acquis les plus grosses entreprises), mais aussi en agissant comme un allié fidèle du Kremlin face à Chisinau [capitale de la Moldavie].
Alors que l’issue du référendum fait peu de doute [la Transdniestrie optera certainement pour l’“indépendance”, à savoir le droit de rejoindre la Fédération de Russie], la campagne présidentielle va être très différente des précédentes.
Tout d’abord, ces derniers mois, la situation économique s’est fortement dégradée. En mars, la Moldavie et l’Ukraine ont établi de nouvelles normes douanières à l’intention de Tiraspol et, depuis, toutes les importations et exportations de produits ne peuvent se faire qu’avec des documents douaniers moldaves. Le ministère de l’Economie estime que le budget national a ainsi perdu plus de 250 millions de dollars. Cette situation pourrait compliquer la réélection de Smirnov. Des stratèges moscovites sont donc venus au secours de leur “poulain” du Dniestr. D’après nos informations, le Conseil de sécurité russe et le FSB [services secrets russes] auraient élaboré un plan de soutien au régime et l’auraient soumis à Vladimir Poutine. Ce plan prévoirait un don d’un montant de 20 millions de dollars et le financement de la campagne électorale de Smirnov, qui devrait coûter plusieurs dizaines de millions de dollars.

La société sherif se met à la politique

Mais, s’il a l’assurance d’une aide extérieure, le président en place se heurte désormais à de sérieux problèmes intérieurs. Après les incidents tragiques de cet été, beaucoup se sont demandé, à juste titre, pourquoi le pouvoir était incapable d’assurer la sécurité de ses citoyens. Si, lors des précédentes élections, les autres candidats ne représentaient pas une grande menace, cette année, le président Smirnov a un sérieux adversaire, Evgueni Chevtchouk, un politicien jeune et ambitieux, soutenu par un entrepreneur local, la société Sherif.
Fondée en 1993 par d’anciens agents des services secrets, cette société a mis la main sur tout ce qui rapporte de l’argent en Transdniestrie. Elle possède une chaîne de supermarchés et d’entrepôts, contrôle le commerce des produits pétroliers, le business des jeux et des télécommunications, et possède une équipe de foot dont le budget n’a rien à envier à celui d’un club international. Sherif a également monté un puissant empire médiatique – un sérieux concurrent pour les médias d’Etat – et dispose de services de sécurité bien équipés.
A mesure que ses affaires se développaient, cette société voyait ses relations avec le pouvoir se dégrader à toute vitesse. Pour promouvoir ses intérêts, Sherif s’est alors lancée dans la politique, fondant un mouvement nommé Renouveau, qui a remporté une belle victoire lors des législatives de l’année dernière, obtenant 23 des 43 sièges du Parlement local. Cela lui a permis d’installer un homme lige à la présidence du “soviet” (deuxième poste de la République). Cet homme n’est autre qu’Evgueni Chevtchouk ; au passage, l’un des fondateurs de Sherif, Ilia Kazmaly, a été élu député.
Moscou a bien pris conscience de la menace que les oligarques représentaient pour Smirnov. En juin, Chevtchouk aurait été invité à Moscou, où on lui aurait demandé avec insistance de ne pas se hâter de présenter sa candidature à la présidence. Peu après sa visite à Moscou, un premier attentat a eu lieu à Tiraspol. Au moment du second, Chevtchouk était en vacances à l’étranger, mais il a commenté l’événement, se faisant le porte-parole des habitants de la Transdniestrie. Il a également promis que le Parlement, compte demander des comptes aux services de sécurité. Ces derniers se sont alors empressés d’annoncer l’arrestation d’un suspect et ont promis des mesures de sécurité “exceptionnelles” à la rentrée. Les jeux sont loin d’être faits à Tiraspol.
Vladimir Soloviov
Kommersant-Vlast

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