5.10.06

KOSOVO • Belgrade serait prêt à jouer la partition

(traduit par Courrier International
hebdo n° 829 - 21 sept. 2006

Selon le quotidien serbe, depuis 1998, l’idée d’un partage du Kosovo semble avoir fait son chemin dans les sphères du pouvoir. Mais les Albanais ne veulent pas en entendre parler.
L’idée du partage du Kosovo semble être de nouveau une “option acceptable” pour Belgrade, d’autant que cette idée est évoquée depuis au moins huit ans au sommet du pouvoir serbe, y compris avec des représentants étrangers. Cela nous a été récemment confirmé par deux sources opposées sur l’échiquier politique mais néanmoins concordantes : Zoran Andjelkovic, ancien président par intérim du gouvernement du Kosovo et membre du comité central du Parti socialiste de Serbie (SPS) de Slobodan Milosevic, et Zoran Zivkovic, ancien Premier ministre et haut dirigeant du Parti démocratique (DS).
C’est en 1998, bien avant les bombardements de l’OTAN, qu’on aurait évoqué pour la première fois un éventuel partage du Kosovo en territoires albanais et serbes et leur rattachement à la Serbie. Zoran Andjelkovic aurait personnellement mis sur la table cette option lors de pourparlers avec une délégation russe de haut niveau. “Il est tard, trop tard, pour cette solution”, lui auraient alors répondu les Russes. La question est revenue un peu plus tard lors d’une réunion de hauts fonctionnaires du SPS, en présence de Milan Milutinovic, le président serbe de l’époque. Andjelkovic aurait alors proposé deux solutions pour régler le problème du Kosovo : l’envoi de forces de l’ONU ou une partition du territoire. Le président Milutinuvic se serait chargé de les transmettre à Milosevic, lors d’une promenade dans le parc de la villa de l’homme fort serbe à Dedinje, le quartier chic de Belgrade. Ce fut peine perdue, car “Milosevic ne [voulait] pas entendre parler du partage de Kosovo”, a confié le président à Zoran Andjelkovic.
Après la chute du régime de Milosevic, le 5 octobre 2000, le nouveau président, Vojislav Kostunica, et le Premier ministre Zoran Djindjic ont dû faire face à une autre forme de crise au Kosovo. Les forces militaires internationales y étaient déployées depuis un an déjà. La résolution 1244 disait expressément que le Kosovo demeurait au sein de la Serbie, tout en précisant que son statut final restait à déterminer.

La “moins mauvaise” des solutions

L’un des proches collaborateurs de Djindjic, Zoran Zivkovic, se souvient de cette période. “On a beaucoup discuté, alors, de trois possibilités d’issue à la crise : la première, le retour à la situation d’avant 1999, a été jugée peu réaliste et mauvaise à la fois pour les Serbes et pour les Albanais ; la deuxième, l’indépendance totale du Kosovo, fut considérée comme encore plus mauvaise pour les Serbes”, affirme-t-il. Il ne restait que le partage. D’après Zoran Zivkovic, le chef du gouvernement était favorable à cette solution. “Les bonnes solutions pour le Kosovo ont toutes été gâchées avant 1999. Il ne reste désormais que de mauvaises solutions. Je trouve que la moins mauvaise est celle du partage du Kosovo”, aurait-il déclaré en 2000, lors d’une réunion à huis clos du Parti démocratique. Zivkovic affirme qu’à l’époque les cartes de partage n’existaient pas encore, mais qu’il existait un consensus au sujet des territoires qui pourraient être rattachés à la Serbie. D’après lui, il s’agissait des régions du nord du Kosovo et d’une enclave autour de Gnjilane, peuplées de plusieurs dizaines de milliers de Serbes.
Pendant les onze mois de son mandat de Premier ministre, Zoran Zivkovic a rencontré les plus importants acteurs internationaux de la crise du Kosovo. Il aurait alors plaidé à plusieurs reprises pour l’option du partage, une idée qu’Européens et Américains ne rejetaient pas a priori. “La solution du partage est toujours sur la table des négociations, mais elle doit être discutée de notre côté par des gens qui ont la confiance de l’Occident pour ne pas la faire capoter”, a-t-il notamment expliqué.
Zoran Zivkovic a beau affirmer ne jamais avoir vu une quelconque carte de partage de Kosovo, l’existence de ce type de document est un secret de Polichinelle au sein de la communauté internationale. Un haut gradé britannique a ainsi montré, fin 2001, à l’auteur de ces lignes une carte de partage du Kosovo qui faisait, selon lui, l’objet d’“intenses négociations”. Quelques mois plus tard, l’ancien président du Centre de coordination pour le Kosovo [un organisme gouvernemental serbe chargé de suivre les affaires de la province depuis Belgrade], Nebojsa Covic, a confirmé l’existence de cette carte – mais il ne souhaite plus en parler aujourd’hui.
Aljosa Milenkovic
Politika

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