4.10.06

GEORGIE : Moscou s'inquiète de la "militarisation" de la Géorgie

Le Monde - octobre 2007

L'hystérie antigéorgienne est montée d'un cran, mardi 3 octobre à Moscou, avec des descentes de police opérées sur les marchés et dans les commerces tenus par des Géorgiens, tandis que le service des migrations procédait à la vérification des titres de séjour des ressortissants de la petite république caucasienne installés en Russie.


Aux abords de l'ambassade de la Géorgie, des dizaines de manifestants du mouvement Nachi (Jeunesse poutinienne) continuaient à scander des slogans hostiles au pouvoir géorgien et à lancer des oeufs sur la façade.

L'embargo (maritime, aérien, ferroviaire et postal) tout juste imposé à la Géorgie par Moscou n'est pas prêt d'être levé, a indiqué, mardi face à la presse, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. "Les mesures prises pour limiter les transports et les liaisons postales visent à mettre fin aux flux d'argent illégaux de la Russie vers la Géorgie", a-t-il précisé.

Accusant Tbilissi de préparer "la prise de contrôle par la force" des régions séparatistes prorusses d'Abkhazie (ouest de la Géorgie, frontalière de la Russie) et d'Ossétie du Sud (nord de la Géorgie, frontalière de la Russie), le ministre s'est dit inquiet de la "militarisation" du pays, financée par de l'argent "d'origine criminelle (venu) de Russie et illégalement".

Selon lui, le rapprochement de la Géorgie avec l'OTAN et l'arrestation pour "espionnage" des officiers russes, relâchés lundi, sont liés. "Le dernier épisode, l'enlèvement de nos officiers, est intervenu après la proposition faite par l'OTAN à la Géorgie d'une coopération intensive et, en plus, juste après une visite du président géorgien Mikhaïl Nikolaevitch (Saakachvili) à Washington", a-t-il souligné.

Le règlement des conflits gelés d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud est au coeur du problème entre Moscou et Tbilissi. A travers l'arrestation des "espions", la partie géorgienne a voulu démontrer que les antagonismes abkhaze et ossète n'avaient rien d'ethnique mais qu'ils étaient entretenus par la Russie, qui maintient des forces de paix dans ces zones et participe aux pourparlers en vue d'un règlement. Selon M. Lavrov, il n'est "pas nécessaire" d'inviter des médiateurs issus de pays tiers pour atténuer les tensions.

MISSION D'OBSERVATION

"Le soutien de la Russie au séparatisme prouve que ce pays n'est pas un médiateur neutre (...) et qu'il est indispensable de modifier le format des pourparlers et de la mission de paix", dit un communiqué du ministère géorgien des affaires étrangères. Le 15 octobre, l'ONU devrait prolonger le mandat de sa mission d'observation en Abkhazie (400 personnes). A cette occasion, les Russes préparent une résolution liant la prolongation du mandat à l'arrêt "des actes de provocation" de Tbilissi en Abkhazie.

Récemment, un projet de résolution semblable avait été bloqué par les Etats-Unis, au grand dam de Moscou, fortement irritée par le soutien exprimé par des sénateurs américains (Richard Lugar, John McCain) à un nouvel élargissement de l'OTAN vers la Géorgie, la Croatie, la Macédoine et l'Albanie.

Marie Jégo
Article paru dans l'édition du 05.10.06

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