13.9.06

Monténégro : Querelles de clocher au Monténégro

12 septembre 2006 : 07h50

Le Figaro


La coalition du premier ministre proeuropéen Milo Djukanovic a obtenu la majorité absolue aux élections législatives dimanche.

LA ROUTE serpente entre les «montagnes noires». Au loin, au coeur des forêts sombres, brillent les eaux du lac Skadar. À une demi-heure de voiture de Podgorica, la capitale, Cetinje garde les vestiges de sa gloire au temps du royaume monténégrin. Le palais de Nicolas Ier, les villas des ambassadeurs nichées dans de grands parcs, le monastère orthodoxe érigé au XVe siècle, entretiennent le souvenir d'un autre temps.
Les Monténégrins de Cetinje ne se sont jamais résolus à la disparition de leur État, intégré à la fin de la Première Guerre mondiale dans le royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Pas plus qu'ils n'ont accepté que l'Église orthodoxe monténégrine doive intégrer l'Église orthodoxe serbe et ne réapparaisse pas, même quand Tito accorda le statut de république au Monténégro, en 1945. S'ils ont retrouvé, grâce au référendum du 21 mai dernier, une indépendance reconnue par l'ensemble de la Communauté internationale, ils estiment que leur combat n'est pas fini. Ils veulent que l'Église orthodoxe monténégrine dont ils ont consigné l'existence dans les registres de l'État, en 2000, reprenne elle aussi toute sa place.
Symbole de résistance à l'Empire ottoman
En attendant, à Cetinje, des fidèles ont offert au métropolite Mihailo l'hospitalité d'une de leurs maisons. À l'extérieur, sur une butte, ils ont dressé un mur blanc pour hisser la cloche qui appelle à la célébration des offices.
Afin d'oeuvrer, avec les indépendantistes, à la renaissance de l'Église monténégrine, Mihailo est arrivé à Cetinje en 1996. Après des études de théologie à Belgrade, une thèse au Vatican et un doctorat à Moscou, il a intégré l'Église orthodoxe grecque, a exercé son ministère à Rome, avant de solliciter le patriarche Pimen, de Sofia, pour devenir métropolite de l'Église monténégrine. Dans son bureau aux murs couverts d'icônes, il parle sans se lasser, évoque les grandeurs passées de l'église monténégrine, s'attarde sur les heures sombres de l'«occupation serbe», les années de «terreur blanche», la vaine résistance des nationalistes monténégrins, la «captation des biens immobiliers construits par les Monténégrins et dépositaires de leur mémoire, de leur âme».
Aujourd'hui, dit-il, quarante-neuf des sept cent cinquante églises orthodoxes sur le territoire monténégrin nous sont «revenues». Sans doute rêve-t-il de voir l'imposant monastère de Cetinje, symbole de la résistance à l'Empire ottoman, reprendre le même chemin. Mais l'Église orthodoxe serbe compte mille trois cents prêtres et l'Église orthodoxe monténégrine, encore balbutiante, une vingtaine. Entre les deux autorités, les échanges cèdent peu à la charité chrétienne. Le métropolite serbe Amfilohije est accusé d'être le représentant du nationalisme serbe le plus haineux, d'avoir cautionné les crimes commis par la Serbie en Croatie et en Bosnie. En retour, le Monténégrin Mihailo est soupçonné de n'être que le représentant contestable d'une «secte schizophrène» qui réviserait l'histoire à son avantage. Aux portes des édifices religieux, des incidents éclatent parfois. Le pouvoir de Podgorica s'efforce de ne pas envenimer les querelles. Mais avec l'indépendance retrouvée du Monténégro, l'Église orthodoxe monténégrine n'entend plus céder.

Christine Fauvet-Mycia

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