30.9.06

CHINE : Dans l’attente de voir son fils devenir dragon

Courrier International (aout 2006)

Les parents chinois sont prêts à toutes les dépenses pour que leurs enfants réussissent leurs examens. Et, une fois à l’université, ces jeunes n’hésitent pas à dilapider l’argent en vêtements et en accessoires.
On dit que les étudiants forment potentiellement un groupe de consommateurs important ; en Chine, cette affirmation est on ne peut plus vraie. Actuellement, les universités chinoises accueillent plus de 15 millions d’étudiants qui manifestent un engouement très prononcé pour les produits de haute technologie les plus récents, pour les cosmétiques et les vêtements les plus tendance, ainsi que pour d’autres articles de grandes marques. C’est ainsi que se créent chez eux des habitudes de consommation.
Le potentiel offert par le marché des étudiants est encore en pleine expansion : en l’an 2010, la Chine devrait compter 30 millions d’étudiants (en incluant les doctorants et les étudiants en maîtrise) en raison de l’élargissement du recrutement des établissements.
Dès aujourd’hui, du fait de la politique de planning familial en vigueur en Chine [depuis 1979], beaucoup de familles n’ont qu’un seul enfant. Pour permettre à cet enfant unique d’entrer à l’université et d’obtenir facilement un emploi, les parents sont prêts à débourser n’importe quelle somme.
A la fin du mois de juin, 9,5 millions de lycéens chinois passaient le concours annuel d’entrée à l’université [gaokao], pour tenter de décrocher une place parmi les 2,6 millions qui sont proposées. Pour que leur enfant bénéficie d’un lieu de repos calme et confortable et pour s’assurer qu’il donne le meilleur de lui-même dans la salle d’examen, les parents avaient réservé à l’avance des chambres d’hôtel dans les grandes villes. Un hôtel pékinois, qui proposait des suites “lauréat aux concours impériaux”, à 468 yuans [46 euros] la nuit, a très vite affiché complet. Certains hôtels quatre étoiles situés à proximité des centres d’examen ont même trouvé des gens intéressés par leur suite présidentielle à 2 800 yuans la nuit.
Pendant la durée des examens, afin d’attirer les familles de lycéens, beaucoup de restaurants proposent des menus spéciaux aux noms évocateurs : “Pour un avenir prometteur”, “Bonne chance !”, “ Dans l’attente de voir son fils devenir dragon [symbole de la réussite]”, “Que votre nom figure sur les tablettes d’or [des admis aux examens impériaux] !”…
Les parents des candidats estiment que, dès lors que cela peut favoriser l’ascension sociale de leur enfant, tout cet argent n’est pas dépensé en vain. Bien que les étudiants puissent financer leurs études en faisant des petits boulots, les parents qui placent tous leurs espoirs dans leur enfant sont tout à fait disposés à régler l’ensemble des dépenses de leur rejeton durant ses années universitaires. Aussi, forts de l’important soutien financier de leurs père et mère, les étudiants, surtout ceux issus des milieux urbains, commencent à se laisser séduire par les produits à la mode, comme les tout derniers modèles de téléphones mobiles, les ordinateurs portables de grandes marques et les lecteurs MP3 dernier cri. Ces produits font désormais partie de l’équipement de base de tout étudiant.
Mlle Lin, étudiante à l’université de Xiamen [sur la côte sud-est du pays] dépense chaque mois 3 000 yuans en communications, habillement et alimentation. “Sur le campus, on juge souvent la position et le statut social d’un étudiant à ses vêtements, son allure et ses affaires personnelles, et personne n’a envie d’être regardé de haut”, explique-t-elle. Sur les campus universitaires, nombreux sont les étudiants qui partagent son point de vue. Dans leurs rangs, ce n’est pas le “Je pense donc je suis” qui a du succès, mais plutôt le “Je possède donc je suis”…
En juin, le cabinet d’études de marketing Sinomonitor International et la société Zeitgeist de diffusion des médias et d’organisation d’événements culturels dans les campus ont publié un rapport conjoint sur les styles de vie et de consommation des étudiants chinois en 2005, le deuxième du genre depuis 2004. Il en ressort que, parmi les différentes dépenses effectuées par les étudiants, en dehors des frais de scolarité, d’hébergement, etc., celles consacrées aux produits informatiques ou numériques sont les plus importantes, s’élevant respectivement à près de 700 yuans [70 euros] et 470 yuans par semestre. Les étudiants, qui s’imaginent devoir faire partie de la classe des nouveaux riches une fois diplômés, recherchent dès l’université les produits réputés qui en sont l’apanage.
Dans ce rapport, on apprend aussi que les étudiants travaillent en moyenne 9,3 heures par jour (10,6 heures pour les étudiants originaires de régions pauvres du nord-ouest du pays). Un tel investissement dans les études s’explique par le constat de plus en plus évident pour tous qu’un bon cursus ou, plus exactement, des connaissances solides permettent d’améliorer son sort.
Dans leur attitude au quotidien, les étudiants vouent un attachement de plus en plus grand à leur indépendance. Ils font cependant preuve d’un grand sens de la vie en société, comme le montre leur intérêt pour l’extérieur (les problèmes d’actualité et les questions politiques) ainsi que leur participation à divers cercles associatifs. Enfin, derrière leur soif de consommation de haute technologie, ils cachent un fort attachement aux valeurs rationnelles de la science et de la technologie.
David Pan
Yazhou Shibao Zaixian

Aucun commentaire: