30.9.06

CHINE : Dans l’attente de voir son fils devenir dragon

Courrier International (aout 2006)

Les parents chinois sont prêts à toutes les dépenses pour que leurs enfants réussissent leurs examens. Et, une fois à l’université, ces jeunes n’hésitent pas à dilapider l’argent en vêtements et en accessoires.
On dit que les étudiants forment potentiellement un groupe de consommateurs important ; en Chine, cette affirmation est on ne peut plus vraie. Actuellement, les universités chinoises accueillent plus de 15 millions d’étudiants qui manifestent un engouement très prononcé pour les produits de haute technologie les plus récents, pour les cosmétiques et les vêtements les plus tendance, ainsi que pour d’autres articles de grandes marques. C’est ainsi que se créent chez eux des habitudes de consommation.
Le potentiel offert par le marché des étudiants est encore en pleine expansion : en l’an 2010, la Chine devrait compter 30 millions d’étudiants (en incluant les doctorants et les étudiants en maîtrise) en raison de l’élargissement du recrutement des établissements.
Dès aujourd’hui, du fait de la politique de planning familial en vigueur en Chine [depuis 1979], beaucoup de familles n’ont qu’un seul enfant. Pour permettre à cet enfant unique d’entrer à l’université et d’obtenir facilement un emploi, les parents sont prêts à débourser n’importe quelle somme.
A la fin du mois de juin, 9,5 millions de lycéens chinois passaient le concours annuel d’entrée à l’université [gaokao], pour tenter de décrocher une place parmi les 2,6 millions qui sont proposées. Pour que leur enfant bénéficie d’un lieu de repos calme et confortable et pour s’assurer qu’il donne le meilleur de lui-même dans la salle d’examen, les parents avaient réservé à l’avance des chambres d’hôtel dans les grandes villes. Un hôtel pékinois, qui proposait des suites “lauréat aux concours impériaux”, à 468 yuans [46 euros] la nuit, a très vite affiché complet. Certains hôtels quatre étoiles situés à proximité des centres d’examen ont même trouvé des gens intéressés par leur suite présidentielle à 2 800 yuans la nuit.
Pendant la durée des examens, afin d’attirer les familles de lycéens, beaucoup de restaurants proposent des menus spéciaux aux noms évocateurs : “Pour un avenir prometteur”, “Bonne chance !”, “ Dans l’attente de voir son fils devenir dragon [symbole de la réussite]”, “Que votre nom figure sur les tablettes d’or [des admis aux examens impériaux] !”…
Les parents des candidats estiment que, dès lors que cela peut favoriser l’ascension sociale de leur enfant, tout cet argent n’est pas dépensé en vain. Bien que les étudiants puissent financer leurs études en faisant des petits boulots, les parents qui placent tous leurs espoirs dans leur enfant sont tout à fait disposés à régler l’ensemble des dépenses de leur rejeton durant ses années universitaires. Aussi, forts de l’important soutien financier de leurs père et mère, les étudiants, surtout ceux issus des milieux urbains, commencent à se laisser séduire par les produits à la mode, comme les tout derniers modèles de téléphones mobiles, les ordinateurs portables de grandes marques et les lecteurs MP3 dernier cri. Ces produits font désormais partie de l’équipement de base de tout étudiant.
Mlle Lin, étudiante à l’université de Xiamen [sur la côte sud-est du pays] dépense chaque mois 3 000 yuans en communications, habillement et alimentation. “Sur le campus, on juge souvent la position et le statut social d’un étudiant à ses vêtements, son allure et ses affaires personnelles, et personne n’a envie d’être regardé de haut”, explique-t-elle. Sur les campus universitaires, nombreux sont les étudiants qui partagent son point de vue. Dans leurs rangs, ce n’est pas le “Je pense donc je suis” qui a du succès, mais plutôt le “Je possède donc je suis”…
En juin, le cabinet d’études de marketing Sinomonitor International et la société Zeitgeist de diffusion des médias et d’organisation d’événements culturels dans les campus ont publié un rapport conjoint sur les styles de vie et de consommation des étudiants chinois en 2005, le deuxième du genre depuis 2004. Il en ressort que, parmi les différentes dépenses effectuées par les étudiants, en dehors des frais de scolarité, d’hébergement, etc., celles consacrées aux produits informatiques ou numériques sont les plus importantes, s’élevant respectivement à près de 700 yuans [70 euros] et 470 yuans par semestre. Les étudiants, qui s’imaginent devoir faire partie de la classe des nouveaux riches une fois diplômés, recherchent dès l’université les produits réputés qui en sont l’apanage.
Dans ce rapport, on apprend aussi que les étudiants travaillent en moyenne 9,3 heures par jour (10,6 heures pour les étudiants originaires de régions pauvres du nord-ouest du pays). Un tel investissement dans les études s’explique par le constat de plus en plus évident pour tous qu’un bon cursus ou, plus exactement, des connaissances solides permettent d’améliorer son sort.
Dans leur attitude au quotidien, les étudiants vouent un attachement de plus en plus grand à leur indépendance. Ils font cependant preuve d’un grand sens de la vie en société, comme le montre leur intérêt pour l’extérieur (les problèmes d’actualité et les questions politiques) ainsi que leur participation à divers cercles associatifs. Enfin, derrière leur soif de consommation de haute technologie, ils cachent un fort attachement aux valeurs rationnelles de la science et de la technologie.
David Pan
Yazhou Shibao Zaixian

22.9.06

RUSSIE - Sibérie : La misère sur un tas de diamants

En Sibérie, la république russe de Sakha extrait près d'un quart de la production mondiale de diamants mais ne profite pas de sa richesse. Depuis 2000, l'Etat fédéral de Poutine a mis la haute main sur cette manne et les Iakoutes dénoncent un détournement.
Par Lorraine MILLOT
QUOTIDIEN : Mardi 19 septembre 2006 - 06:00

Les routes sont toutes en crevasses, les immeubles se lézardent et les maisons de bois ploient sous la misère. A six heures d'avion de Moscou, en pleine Sibérie, Iakoutsk est la capitale d'une des régions les plus riches de Russie, et fait peine à voir. En ces premiers jours de septembre, les journaux locaux préviennent qu'à peine 20 % des immeubles sont prêts pour l'hiver, et seront assurés d'être chauffés. D'ici quelques semaines, ce seront les premières neiges, puis ­ 40 °C pendant quatre mois, avec des pointes à ­ 50 °C. L'eau du robinet, quand elle n'est pas coupée pour avarie, coule rouge, chargée de grains de sable. Même comparée à d'autres villes russes de province, Iakoutsk est particulièrement lépreuse. Et c'est là la capitale d'une république aussi vaste que l'Inde, qui extrait 23 % de la production mondiale de diamants, possède gisements d'or et d'étain, pétrole, gaz et charbon. Par son PIB rapporté au nombre d'habitants, rares sur ces terres glaciales, la Iakoutie se classe quatrième région la plus riche de Russie.

«Nous aussi, quand on se promène dans Iakoutsk, on ne peut s'empêcher de se demander sans cesse : mais où est passé tout l'argent ?» opine Vitali Obedine, jeune journaliste vedette du quotidien local Iakoutsk Soir, qui arpente la ville en grand manteau de cuir noir, comme une caricature d'agent bolchevique des années 20. Sans relâche, Iakoutsk Soir dénonce la corruption des édiles locaux et peut se vanter d'avoir fait dernièrement emprisonner cinq hauts dirigeants de la ville. Mais ce journal est connu à Iakoutsk comme «très inspiré par le FSB» (les services secrets qui ont succédé au KGB), et on peut constater qu'il s'acharne plus volontiers sur les dirigeants locaux que sur les scandales mettant en cause Moscou.
Depuis l'installation de Vladimir Poutine au Kremlin en 2000, la république de Sakha (ex-Iakoutie) est au coeur d'un formidable bras de fer avec Moscou pour le contrôle d'Alrosa, la société russe des diamants qui a succédé en 1992 à l'ancien monopole soviétique (1). Et tous les composants d'un bon thriller sont réunis : les millions qui s'envolent, les nationalistes iakoutes qui crient au vol, les agents de Moscou qui dénoncent la corruption locale, et la population qui voit ses maisons s'écrouler un peu plus chaque année. En point d'orgue de ce désastre, sur le siège de la compagnie publique des diamants, au centre de Iakoutsk, une grande banderole clame l'allégeance à Moscou, comme aux bons vieux temps de la propagande communiste : «Le discours du Président [Poutine, ndlr]. Une percée vers l'avenir».
«La vie ici est pire que celle des cosmonautes»
Huit cents kilomètres plus à l'ouest de Iakoutsk, dans la ville de Mirni, où les premiers diamants de Sakha ont été extraits en 1955, c'est même Staline qui vient de réapparaître. Un buste du moustachu en granit rouge a été inauguré en mai 2005 par le président de la République de Sakha, Viatcheslav Chtyrov, et orne maintenant le centre de cette petite capitale du diamant. «Ce sont les vétérans de la Seconde Guerre mondiale et le maire communiste qui l'ont voulu», s'empressent d'assurer les dirigeants d'Alrosa. «Moi, je trouve cette statue scandaleuse, peste l'ingénieur en chef Mikhaïl Gantchenko. Si seulement les victimes de Staline étaient encore en vie, cela n'aurait jamais été possible !» Il n'empêche : Alrosa n'a rien fait pour stopper l'installation de Staline dans sa ville. Peut-être parce que le dictateur de granit émet un message redevenu d'actualité... «Je ne vois rien de mal à ce que Staline ait sa place ici, plaide par exemple le directeur de l'une des usines de traitement des diamants de Mirni, Sergueï Chobodoev. Staline a présidé à un développement formidable de notre pays, à la conquête du cosmos. Et puis vous, vous célébrez bien la Révolution française qui a fait aussi quelques morts, non ?»
Penchés sur leur table de travail, coiffés d'énormes loupes pour mieux discerner toutes les finesses de la pierre, les trieurs de Mirni disent qu'ils n'ont rien à faire de «toute cette politique» . Sur chacune des tables, chaque employé a sous les doigts «entre quelques milliers et quelques millions de dollars», sous forme de diamants qu'il faut trier par taille, par forme et par couleur. «Pour un salaire moyen de 25 000 roubles [735 euros] », précisent-ils. «Autant dire des kopecks !» ajoute la gardienne de la salle, qui n'en continue pas moins à fixer les visiteurs, pour s'assurer qu'aucun des précieux cailloux ne disparaisse. Pour la Russie, ce sont là de bons salaires, qui représentent presque trois fois le revenu moyen (233 euros), et justifient que l'on reste vivre à Mirni, miniville en pleine taïga, où l'hiver dure huit mois. «La vie ici est pire que celle des cosmonautes», explique un autre cadre d'Alrosa. «On ne reste à Mirni que pour le travail. Mais cela n'empêche qu'on peut très bien y vivre heureux», assure-t-il néanmoins. Lui a rencontré là sa femme et élève trois enfants.
«On nous traite de voleurs pour mieux nous arracher nos richesses»
«Si vous voulez voir où est notre argent, ce n'est pas ici qu'il faut venir, confie tout de même un autre employé d'Alrosa. Allez plutôt chercher à Moscou !» Soucieux de reprendre le contrôle des richesses de son pays, Vladimir Poutine a ordonné en 2001 que la compagnie Alrosa, que son prédécesseur Eltsine avait laissé filer entre les mains des autorités iakoutes, repasse sous le contrôle de l'Etat fédéral russe. La part de celui-ci au capital d'Alrosa devrait remonter de 32 % en 2001 à 50 % et une action, a décidé le Kremlin. «Trop d'argent disparaissait», plaide Moscou, qui, pour preuve, a produit une rafale de rapports de la Cour des comptes et autres redressements fiscaux. Rien que sur la période 1997-2001, Alrosa a soustrait au budget fédéral quelque 18,7 milliards de roubles (550 millions d'euros), ont ainsi dénoncé les services de contrôle du Kremlin. Pour remettre de l'ordre, Alexeï Koudrine, ministre des Finances, qui se veut l'un des «libéraux» de l'entourage de Poutine, a été nommé président du conseil de surveillance d'Alrosa. Et, peu à peu, les étages de la direction se sont peuplés de «koudriniens», jeunes et brillants managers qui contrôlent aujourd'hui la compagnie.
«C'est un crime envers le peuple iakoute !» «De quoi vivrons-nous une fois que Moscou nous aura pris nos diamants ?» Dans un des HLM de guingois du centre de Iakoutsk, six hommes se sont rassemblés, parlent tous en même temps, s'interrompent et renchérissent, tout à la joie d'avoir enfin un journaliste occidental à qui dénoncer cet «énorme scandale». Ce sont là les dirigeants du Front populaire iakoute, formé en 2001, quand Moscou a annoncé vouloir prendre le contrôle d'Alrosa.
Mystérieux crédit de 250 millions de dollars
Peuple d'origine turque, installé dans la région depuis le VIe siècle, les Iakoutes sont passés sous la domination russe au XVIIe siècle, à mesure que les colons russes s'aventuraient toujours plus loin en Sibérie. «Avec la révolution bolchevique, toute l'élite du peuple iakoute a été exterminée», rappelle Mikhaïl Sioulbé, 78 ans, qui a lui-même fait deux ans de goulag, entre 1952 et 1954, pour «agitation antisoviétique et nationaliste» . «Ce n'est qu'au début des années 90 que nous avons commencé à respirer un peu plus librement, à promouvoir notre langue, notre culture, reprend ce vieux Iakoute. Et maintenant, ça recommence, on nous traite de voleurs pour mieux nous arracher nos richesses.»
En 2004 puis en 2005, ce front iakoute a réussi à rassembler près de 70 000 signatures contre le projet de «fédéralisation» d'Alrosa. Une mobilisation assez rare en Russie et qui semble fortement préoccuper Moscou. Le Journal de Iakoutie, qui servait d'organe aux nationalistes, a dû cesser de paraître après qu'une lettre des nationalistes iakoutes a été publiée sur le site des indépendantistes tchétchènes, Kavkazcenter. «C'était une provocation du FSB», s'insurge Leonid Nikolaïev, le rédacteur en chef du journal, qui se dit harcelé par les services secrets. Quelques jours après notre passage, il avance pour nouvelle preuve un compte rendu détaillé de notre rencontre, publié sur un faux site nationaliste, inspiré selon lui par les services secrets, et insinuant que Libération se fait aussi porte-parole du nationalisme iakoute. Un poème y met en rimes le «cha-cha-cha» que Libération danserait avec les «libéraux» iakoutes...
Le plus troublant est pourtant que, depuis la reprise en main par Moscou, rien ne dit que l'argent ait cessé de s'évaporer des caisses d'Alrosa. Viatcheslav Chtyrov, le président de la République, qui se bat avec la capitale russe pour garder un maximum des revenus des diamants, tout en conservant aussi son poste (depuis 2005, tous les chefs de région doivent être directement nommés par Poutine), a ainsi violemment attaqué en avril dernier la nouvelle direction d'Alrosa. «Les décisions ne sont pas prises, les investissements nécessaires pour maintenir la production ne sont pas faits, et la compagnie a contracté un mystérieux crédit de 250 millions de dollars, on ne sait pourquoi», a lancé le président iakoute en avril dernier. «Où est passé cet argent ?» interrogeait Viatcheslav Chtyrov. Un ancien cadre d'Alrosa a aussi porté plainte contre la nouvelle direction de la compagnie, qu'il accuse d'avoir soustrait au moins 4,2 milliards de roubles (123 millions d'euros) au chiffre d'affaires de 2003. Comme exemple de détournements, Hamlet Akopian, ancien directeur du service juridique d'Alrosa, licencié en 2004, cite un crédit d'1,6 milliard de roubles souscrit en 2003 auprès de la banque russe Menatep à un taux de 14 % et placé en dépôt à un taux de 2 % à la banque Renaissance (Vozrajdenie), dont les actionnaires seraient proches de Koudrine, le ministre des Finances. L'argent aurait ensuite servi à acheter des terres dans la banlieue de Moscou. Une enquête fut ouverte par le parquet de Moscou, puis fermée «pour cause d'absence de délit». «Comme l'enquête devrait toucher à notre ministre des Finances, personne ne veut s'en charger en Russie, soupire Hamlet Akopian, lui-même ancien procureur. Les documents concernant cette affaire ont été falsifiés par les managers d'Alrosa et les enquêteurs.»
L'ancien juriste d'Alrosa livre aussi une explication intrigante au fait que la reprise en main de la compagnie par Moscou traîne depuis 2001 déjà. «Quand Poutine a annoncé que l'Etat fédéral devrait reprendre Alrosa, l'action valait 1 000 dollars et tous les nouveaux managers de l'entourage de Koudrine en ont acheté de beaux paquets. Aujourd'hui, quand l'Etat va enfin porter sa part au capital d'Alrosa à 50 %, l'action vaut plus de 10 000 dollars. Je ne suis pas sûr que cela ait été une opération optimale pour les intérêts de l'Etat fédéral.» Au siège d'Alrosa à Moscou, les jeunes et brillants «koudriniens» repoussent avec indignation ces accusations, noyant le poisson dans une nasse de chiffres sur les progrès de la compagnie. Mais on comprend un peu mieux pourquoi il y a aujourd'hui à Sakha une certaine nostalgie de Staline.
(1) Société par actions non côtée en Bourse. Alrosa appartient aujourd'hui à l'Etat fédéral russe (37%), à la République de Sakha (32%) aux salariés et aux personnes privées (23%) et aux districts de Sakha (8%).


14.9.06

Le grand bond en arrière de l'information en Chine

Mise en garde de Pékin aux médias nationaux et étrangers.
Libération - jeudi 14 septembre 2006

Information, justice, programmes pour la jeunesse, le pouvoir de Pékin fait un grand ménage. Dimanche, un interminable communiqué de l'agence officielle Xinhua rappelait à l'ordre les journalistes et les dirigeants d'entreprises de presse. Plus question de publier en Chine des informations (textes, photos et infographies) diffusées par les agences étrangères. Une mise au point à l'adresse des médias nationaux et aussi étrangers : aucune information «menaçant l'unité nationale, la souveraineté et l'intégrité territoriale, la sécurité nationale, la réputation ou les intérêts en Chine» ne pourra être diffusée sur le territoire, sous peine de sanctions. Est rappelée également l'interdiction «d'attiser les haines intercommunautaires ou la discrimination raciale et de favoriser les cultes religieux et les superstitions». Au final, seule l'actualité heureuse à la chinoise reste autorisée. Tout le reste est soumis au contrôle de l'agence gouvernementale.
Indignation. Rien de nouveau, se sont d'abord dit les journalistes. Xinhua, Chine nouvelle, ne fait que recenser de façon autoritaire les innombrables brimades auxquelles sont soumis les médias chinois, avec plus ou moins d'efficacité. Mais la liste, chapelet de 22 articles édité, selon les autorités, pour «protéger la propriété intellectuelle des fournisseurs étrangers d'information», a déclenché l'indignation des dirigeants européens et américains, ainsi que des ONG. «Un nouvel exemple d'atteinte aux droits de l'homme», a protesté, mardi, Günter Nooke, chargé de mission du gouvernement allemand, à la veille de la visite du premier ministre Wen Jiabao à Berlin. «Evolution très négative», a jugé le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. A Washington, un porte-parole du département d'Etat a rappelé que la liberté de la presse était un droit reconnu par la Constitution chinoise et a trouvé l'argument qui touche : les Etats-Unis examineront la légalité de ces nouvelles restrictions au sein de l'OMC, à laquelle appartient la Chine depuis 2001.
Contrôle et argent, l'enjeu de Pékin est double. Outre le tour de vis politique, la Chine réaffirme son monopole pour s'accaparer le marché chinois de l'information, surtout dans les secteurs économique et financier. Avec 1 926 titres et 100 millions d'exemplaires de quotidiens publiés chaque jour, le marché de la presse, premier mondial, est juteux. Mais il échappe en grande partie à l'agence Chine nouvelle, concurrencée par Reuters ou Bloomberg. En 1996, l'agence chinoise avait tenté de revendiquer 15 % des revenus tirés du secteur de l'information financière, mais elle avait dû faire marche arrière en raison de sa volonté contradictoire d'entrer à l'OMC.
Autre exemple de la course aux marchés, les dessins animés, regardés par quelques centaines de millions de petits Chinois. Depuis le 1er septembre, ils sont privés de Mickey et des Simpsons à la sortie de l'école et doivent revoir les aventures du commissaire Chat noir et de la princesse Paon, héros de la production chinoise. Raison spirituelle : «Eviter la violence et les images érotiques» qui nuiraient à l'éducation de la jeunesse. Raison matérielle : un quota relancera le marché chinois du dessin animé, très déconfit à cause des mangas et autres cartoons. Même les médias chinois n'y croient pas : «Une erreur, une politique à courte vue qui ne résoudra pas les problèmes de l'industrie», a déploré le Southern Metropolis News, quotidien du Guangdong, province du Sud.
Pour Mo Shaoping, avocat pékinois et observateur avisé de la vie politique, le tour de vis sur l'information révèle un phénomène plus général : «La société connaît un concentré de conflits, surtout sociaux. Face à ça, le pouvoir a le choix entre la réforme et la répression. Il a choisi la répression.»
Transparence. Dans le domaine judiciaire aussi, l'information est traquée. Une nouvelle série de règles, rendues publiques mardi, interdit désormais aux juges des tribunaux de communiquer la moindre information. Pour «améliorer la transparence», la voix de la justice passera désormais par des hérauts sélectionnés par Pékin : 65 porte-parole qui auront la tâche d'informer 1,32 milliard de citoyens sur la justice de leur pays.

13.9.06

Monténégro : Querelles de clocher au Monténégro

12 septembre 2006 : 07h50

Le Figaro


La coalition du premier ministre proeuropéen Milo Djukanovic a obtenu la majorité absolue aux élections législatives dimanche.

LA ROUTE serpente entre les «montagnes noires». Au loin, au coeur des forêts sombres, brillent les eaux du lac Skadar. À une demi-heure de voiture de Podgorica, la capitale, Cetinje garde les vestiges de sa gloire au temps du royaume monténégrin. Le palais de Nicolas Ier, les villas des ambassadeurs nichées dans de grands parcs, le monastère orthodoxe érigé au XVe siècle, entretiennent le souvenir d'un autre temps.
Les Monténégrins de Cetinje ne se sont jamais résolus à la disparition de leur État, intégré à la fin de la Première Guerre mondiale dans le royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Pas plus qu'ils n'ont accepté que l'Église orthodoxe monténégrine doive intégrer l'Église orthodoxe serbe et ne réapparaisse pas, même quand Tito accorda le statut de république au Monténégro, en 1945. S'ils ont retrouvé, grâce au référendum du 21 mai dernier, une indépendance reconnue par l'ensemble de la Communauté internationale, ils estiment que leur combat n'est pas fini. Ils veulent que l'Église orthodoxe monténégrine dont ils ont consigné l'existence dans les registres de l'État, en 2000, reprenne elle aussi toute sa place.
Symbole de résistance à l'Empire ottoman
En attendant, à Cetinje, des fidèles ont offert au métropolite Mihailo l'hospitalité d'une de leurs maisons. À l'extérieur, sur une butte, ils ont dressé un mur blanc pour hisser la cloche qui appelle à la célébration des offices.
Afin d'oeuvrer, avec les indépendantistes, à la renaissance de l'Église monténégrine, Mihailo est arrivé à Cetinje en 1996. Après des études de théologie à Belgrade, une thèse au Vatican et un doctorat à Moscou, il a intégré l'Église orthodoxe grecque, a exercé son ministère à Rome, avant de solliciter le patriarche Pimen, de Sofia, pour devenir métropolite de l'Église monténégrine. Dans son bureau aux murs couverts d'icônes, il parle sans se lasser, évoque les grandeurs passées de l'église monténégrine, s'attarde sur les heures sombres de l'«occupation serbe», les années de «terreur blanche», la vaine résistance des nationalistes monténégrins, la «captation des biens immobiliers construits par les Monténégrins et dépositaires de leur mémoire, de leur âme».
Aujourd'hui, dit-il, quarante-neuf des sept cent cinquante églises orthodoxes sur le territoire monténégrin nous sont «revenues». Sans doute rêve-t-il de voir l'imposant monastère de Cetinje, symbole de la résistance à l'Empire ottoman, reprendre le même chemin. Mais l'Église orthodoxe serbe compte mille trois cents prêtres et l'Église orthodoxe monténégrine, encore balbutiante, une vingtaine. Entre les deux autorités, les échanges cèdent peu à la charité chrétienne. Le métropolite serbe Amfilohije est accusé d'être le représentant du nationalisme serbe le plus haineux, d'avoir cautionné les crimes commis par la Serbie en Croatie et en Bosnie. En retour, le Monténégrin Mihailo est soupçonné de n'être que le représentant contestable d'une «secte schizophrène» qui réviserait l'histoire à son avantage. Aux portes des édifices religieux, des incidents éclatent parfois. Le pouvoir de Podgorica s'efforce de ne pas envenimer les querelles. Mais avec l'indépendance retrouvée du Monténégro, l'Église orthodoxe monténégrine n'entend plus céder.

Christine Fauvet-Mycia

9.9.06

Biélorussie : une réforme linguistique, pour quoi faire ?

SOURCE: www.regard-est.com

Par Céline Bayou (source : Nezavissimaïa Gazeta)

Le service de presse du Président biélorussien a fait savoir que Alexandre Loukachenko avait chargé une commission d'édicter les nouvelles règles de la langue biélorussienne. Une réforme linguistique serait en effet nécessaire pour moderniser la grammaire, l'orthographe et la ponctuation d'une langue codifiée par un corpus datant de 1957.

L'opposition ne doute pas de la véritable finalité de cette réforme : elle soupçonne le Président d'oeuvrer en faveur de modifications qui rapprocheraient les langues russe et biélorussienne. Le leader de l'opposition, candidat malheureux à la présidentielle de mars 2006, Alexandre Milinkevitch, estime que ce rapprochement linguistique n'est pas étranger au projet de référendum sur l'Union Russie-Biélorussie.

Le contexte est celui d'un pays dans lequel deux langues nationales -le russe et le biélorussien- coexistent, où le nombre d'écoles biélorussiennes ne cesse de décroître et où un seul journal national en biélorussien est édité. Quant à A. Loukachenko, il ne parle biélorussien que lorsqu'il s'agit d'ironiser sur l'opposition.

Dépêche publiée le 31/08/2006