9.2.06

POLOGNE : Des médias chocs pour guider les masses

L’empire médiatique du père Tadeusz Rydzyk a joué un rôle essentiel dans la victoire de la droite morale. Portrait d’un faiseur de rois.

Le véritable primat de Pologne, c’est le père Rydzyk”, constate l’hebdomadaire Wprost, qui accorde à ce moine provincial de l’ordre des Rédemptoristes, né en 1945, un extraordinaire pouvoir d’influence sur la droite catholique polonaise. “Ces derniers mois, on l’a vu en faiseur de rois. C’est lui qui a véritablement amené les frères Kaczynski au pouvoir.” “Le rôle que joue actuellement le père Tadeusz Rydzyk dans la vie politique polonaise, poursuit le journal, est comparable à celui du cardinal Richelieu dans la France du XVIIe siècle. Les deux hommes n’ont-ils pas l’un et l’autre bâti leur influence en créant, entre autres, un journal ?”
Rydzyk est à la tête d’un véritable empire médiatique. Il a créé, en 1991, Radio Maryja – diffusée sur l’ensemble du territoire national –, puis, les années suivantes, un quotidien (Nasz Dziennik, “Notre journal”) et une chaîne de télévision (Trwam, “Je perdure”). Ces organes de presse ont joué un rôle clé dans les élections de l’an dernier et ont maintenant un statut d’exception puisque le nouveau gouvernement leur réserve l’exclusivité des annonces officielles et de tous les grands événements. Ryzdyk a par ailleurs créé une école supérieure de communication pour former les cadres de son mouvement social, La Famille de Radio Maryja. Celui-ci attire surtout des femmes d’un certain âge dont le béret en mohair est devenu un signe distinctif. “On reconnaît le rang du prélat par le couvre-chef qu’il porte et par la couleur de ce dernier. Dans l’Eglise catholique polonaise, ce n’est pas la calotte, ni la mitre, ironise Wprost, c’est le béret en mohair que portent ses supportrices.”
Pour le quotidien Gazeta Wyborcza, qui a tenté d’analyser le discours de Nasz Dziennik, cela ne fait aucun doute : le père directeur reprend les grandes idées de l’extrême droite – théorie du complot, antisémitisme, homophobie, ultranationalisme –, le tout assaisonné d’un mélange d’intolérance et d’esprit de forteresse assiégée. “Il y aura moins de betteraves en Pologne” : c’est par exemple le titre que la rédaction de Nasz Dziennik a choisi pour sa première une de l’année 2005. A propos du tsunami qui a touché l’Asie du Sud-Est, il ne pose qu’une question : “Le fait que cela se soit produit le jour de la Sainte Famille n’est-il pas parlant ?” Lors de la légalisation du mariage homosexuel en Espagne, Nasz Dziennik a expliqué que la péninsule vit dans une “terreur grandissante imposée par la minorité homosexuelle”. Quid du terrorisme international ? “D’un point de vue politique, Israël, qui détruit tous ses ennemis en se servant de la main américaine, en est le principal bénéficiaire…”
L’engagement politique du père Rydzyk agace la hiérarchie de l’Eglise catholique. Du moins en partie, car la Conférence épiscopale compte aussi dans ses rangs plusieurs sympathisants du rédemptoriste. Ce qui lui permet de ne pas tenir compte des divers rappels à l’ordre qui ont été formulés par le Vatican, le nonce apostolique, le primat de Pologne et l’archevêque de Cracovie. “L’exemple de Rydzyk est une illustration du fait que l’Eglise polonaise n’a pas de véritable leader, analyse Wprost. Durant des décennies, l’opinion du primat constituait un point de repère légitime et indiscutable pour les fidèles. Mais, à la suite de la réforme qui a séparé les fonctions du primat et du président de l’épiscopat, on ne sait plus très bien qui joue le premier violon dans l’Eglise…”
On ne sait peut-être pas qui est le chef, mais les Polonais savent qui est la voix la plus influente. Selon un récent sondage publié par Wprost, 36,7 % des personnes interrogées pensent que c’est Rydzyk et seulement 12,5 % estiment que c’est le primat. “Bien que de nombreux évêques n’aiment guère Rydzyk, ils reconnaissent sa capacité à toucher une large audience de fidèles. En outre, il a bâti un empire médiatique, tandis que toutes les autres initiatives de l’Eglise se sont soldées par un échec. Ils doivent aussi à Rydzyk le fait que les politiciens aient à prendre en compte l’enseignement de l’Eglise. L’interdiction de l’avortement, les protestations contre le mariage gay, l’interdiction d’ouvrir les centres commerciaux le dimanche, tout cela répond aux souhaits de la hiérarchie. Sur ce terrain, Rydzyk et l’Eglise marchent main dans la main.”



Campagne
Radio Maryja se mobilise en vue des élections locales, prévues pour ce printemps. Son idéologue, Jerzy Robert Nowak, vient d’annoncer à Pruszkow (près de Varsovie) la publication d’une “liste noire” de tous les candidats hostiles à la radio du père Rydzyk. La liste sera envoyée, a-t-il expliqué en présence des élus locaux du parti Droit et justice (PiS), dans toutes les “maisons catholiques polonaises”.

Articles de Courrier International

2 commentaires:

paolo morawski a dit…

Tres interessant, mais le tableau devient plus compliqué maintenant que l'Eglise de Rome "gronde" et rappelle à l'ordre Radio Maryja.
bieb amicalement
pm

Anonyme a dit…

ce que je cherchais, merci