3.2.06

Aga, 28 ans, styliste visagiste à Erevan (Arménie)

Une belle femme d’une quarantaine d’année se laisse métamorphoser sous les pinceaux et les palettes d’Aga. Emma et moi sommes arrivées un peu en avance à notre rendez-vous ; par conséquent, Aga nous a invité à attendre dans sa cabine qu’elle ait fini de maquiller sa cliente. Cette dernière est venue accompagnée de la petite amie de son fils. Elle a un anniversaire ce soir, et femme d’un grand propriétaire de supermarchés, elle se doit d’être belle. Pour cela, rien de plus sûr que d’aller chez Aga, la meilleure maquilleuse d’Erevan, même si cela coûte cher, très cher*.

Le blush effleure le visage de la femme assise sur son siège de skaï rose. La poudre recouvre doucement les paupières. Le brillant rattrape les lèvres. La main d’Aga est souple, vive et légère. Au mur, quelques posters de chanteuses et de mannequins réputées maquillées par ses soins. Tout en embellissant son modèle, Aga s’explique : « je mets l’accent sur votre débardeur et non sur votre jupe ». Naturellement, du haut de ses bottes à talons aiguilles rouges assorties à son t-shirt customisé, Aga continue son œuvre d’art.





Tout a commencé à 12 ans, lorsqu’elle a pu s’inscrire, après quelques gifles de sa mère et un an de patience, à l’école ATEX. A partir de 16 ans, elle a continué sa formation en alternance. A l’école, ses camarades l’imitaient. Elle était la première dans le pays à épiler et à couper les sourcils ; très vite, on a appelé la forme longue et fine des sourcils, « la forme Aga ». C’est à cette période qu’elle a décidé de travailler bénévolement pour Miss Arménie et d’autres événements afin de se faire un nom. Sur le conseil d’amies, les épouses de ministres et des femmes riches venaient chez elle et étaient étonnées de se trouver devant une jeune fille d’à peine 20 ans. Grâce à un diplôme supérieur obtenu à Irkoutsk (Russie) Aga a gagné en reconnaissance et a pu augmenter ses tarifs. Un diplôme étranger vaut toujours plus en Arménie. A force de travail et d’effort, et grâce à un don inné pour ce métier, son nom est devenu célèbre. Aujourd’hui cette grande femme blonde d’à peine 30 ans, maquille les plus grandes chanteuses, les mannequins arméniennes ou russes qui viennent faire des photos à Erevan. Elle ne voyage pas, mais les photos de ses maquillages font le tour de la planète, que ce soit sur les pochettes des CD ou les calendriers... Après s’être fait offrir pour plus de 2000 € de maquillage par Pierre Cardin, cette année c’est Yllozure qui lui a offert un coffret de maquillage de plus de 5000 €. Chaque salon de beauté d’Erevan rêve de lui louer un emplacement comme cela se fait ici, car avoir Aga dans son salon, c’est s’assurer une bonne réputation et des clientes fortunées. Régulièrement, Aga refuse les différentes apprenties qui se présentent à sa porte, « tout ce que je sais je l’apprendrais à ma fille ».

Mais pour Aga, cette profession n’est pas un travail. Etre maquilleuse c’est une passion. « Au départ, j’étais styliste, mais dessiner une robe et la réaliser ça me prenait au moins 3 jours. C’était trop long. Avec le maquillage, on voit tout de suite le résultat ». Aga a travaillé dur pour en arriver là, « je sais que j’ai de la chance de pouvoir vivre de mon art, et en vivre très bien » ; mais elle n’est pas fière ni imbue d’elle-même. Citant Léonard de Vinci, elle aime répéter que sa réussite c’est 1% de talent et 99% de travail.
Un jour Aga ouvrira son propre salon, un grand centre de relooking pour que chacun soit plus beau de la tête aux pieds. On y trouvera de tout, des coiffeurs, des manucures, des stylistes... un petit paradis de la mode et de la beauté !

Quand on se promène dans Erevan, il est surprenant de voir à quel point les femmes et les jeunes filles font attention à leur apparence. Malgré la neige et les plaques de verglas, elles sont toutes en talons aiguilles et en manteaux de fourrure. Ne pas se maquiller et ne pas se faire les ongles surprend. Cependant, pour Aga, la vraie féminité n’est pas là. « On peut rendre une femme belle, mais avec un mot, en ouvrant la bouche elle peut tout détruire. L’essentiel c’est l’allure. La beauté se crée, pas l’allure. La féminité, ce n’est pas la beauté, mais c’est l’allure ».


Extrait du site : www.15ans15pays.com


* Un maquillage coûte minimum 10 000 drams soit environ 20 euros, lorsque le salaire moyen d’un professeur est de 150€ et qu’un retraité touche 12 € de pension mensuelle.

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