20.1.06

RUSSIE-UKRAINE : La "guerre des phares" ravive les tensions entre Moscou et Kiev

Le Monde
Article paru dans l'édition du 20.01.06

Après la "guerre du gaz", une guerre d'un autre type est en cours entre la Russie et l'Ukraine, celle des phares des côtes de Crimée (au sud de l'Ukraine), dont Moscou et Kiev se disputent, depuis peu, l'usage. Tout a commencé vendredi 13 janvier lorsqu'un groupe de huit Ukrainiens du ministère des transports a pris possession du phare du port commercial de Yalta — la station balnéaire qui hébergea la conférence du même nom sur le partage de l'Europe entre les Alliés en 1945 —, habituellement géré par la flotte russe de la mer Noire.


Après avoir empêché les officiers russes qui y travaillent d'y pénétrer, le groupe a changé les serrures de l'installation et s'en est emparé. Le lendemain, la même opération a failli se reproduire dans l'enceinte du phare de Sarytch, situé un peu plus loin, mais, cette fois-ci, les officiers russes présents ont réussi à repousser les assaillants. Des discussions ont bien eu lieu entre Kiev et Moscou pour régler l'incident, mais en vain. L'accès du phare de Yalta n'a toujours pas été rendu à ses occupants d'origine.

"Nous avons demandé des explications à l'administration du président ukrainien, laquelle dit avoir appris l'incident par les journaux et indique qu'il s'agirait d'une provocation organisée par un mouvement de la jeunesse nationaliste", a expliqué, mercredi 18 janvier, le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à l'occasion d'une rencontre avec la presse dans la capitale russe.

BASE DE SÉBASTOPOL

Il existe actuellement en Ukraine une organisation, La Fraternité des étudiants, qui a récemment appelé — sur fond de dispute russo-ukrainienne à propos des prix du gaz — à récupérer les phares de la côte de Crimée indûment occupés, selon ses militants, par les Russes.

Mais la "guerre des phares" préoccupe aussi les officiels à Kiev. "Le phare est la propriété de l'Ukraine", a insisté Anatoli Kinakh, le secrétaire du Conseil de sécurité d'Ukraine.

Depuis la disparition de l'URSS en 1991, les Russes se sont finalement entendus avec les Ukrainiens pour la location, jusqu'en 2017, de la base de Sébastopol — le seul port non gelé à la disposition de la marine militaire russe —, où est stationnée la flotte de la mer Noire.

Or les deux parties ont désormais une interprétation différente des accords signés en 1997. Selon Kiev, ils ne prévoient pas la location des sites hydrographiques et d'aide à la navigation. "La Russie a gardé illégalement sous son contrôle tous les sites hydrographiques", a expliqué, il y a quelques jours, le ministre ukrainien des affaires étrangères, Boris Tarassiouk. Moscou est persuadé du contraire.

La dispute a peu de risques de dégénérer en confrontation militaire, a tenu à rassurer, mardi 17 janvier, le ministre ukrainien de la défense, Anatoli Grytsenko. En revanche, elle risque d'être le prélude à de nouvelles négociations entre Kiev et Moscou sur les conditions de la location de la base de Sébastopol.

Le loyer actuel (83 millions d'euros annuels) "pourrait bien quadrupler", explique M. Grytsenko au quotidien Kommersant-Ukraine, dans son édition du 18 janvier. "La Crimée est une zone de villégiature, la demande est forte sur les terrains", poursuit-il. Il ajoute que "dans le secteur — vital — de l'énergie, nos relations avec la Russie ont évolué du registre de la fraternité à celui du marché". "Il serait donc logique d'étendre cette nouvelle règle à d'autres secteurs des relations russo-ukrainiennes", conclut le ministre.

Les deux parties se retrouveront le 16 février, pour discuter du sort de la flotte de la mer Noire.

Marie Jégo
Article paru dans l'édition du 20.01.06

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