4.1.06

RUSSIE - Recherche “petit papa” friqué

Publié en France en janvier 2005

Dobry Forum, repris par Courrier International


Sur le forum de discussion d’une télé régionale*, un jeune Russe brosse des filles de son âge un portrait cruel et désabusé. Et suscite de nombreuses réactions

Le comportement de la jeune fille russe d’aujourd’hui est un mélange d’attitudes incompatibles. Elle est à la fois romantique et pragmatique, naïve et calculatrice, prude et débauchée. Les hommes ne savent pas quoi aimer en elle.
L’agressivité sexuelle croissante des descendantes des “jeunes filles de Tourgueniev” [modèle littéraire de la seconde moitié du xixe siècle] les rend plus accessibles mais moins désirables. La concurrence sur le marché féminin fait que la jeune fille est condamnée à se battre pour jouer éternellement un rôle d’objet sexuel. Ses vêtements lui servent à mettre en valeur ses zones érogènes. Plus elle vieillit, plus elle lutte avec l’énergie du désespoir afin de concrétiser ses ambitions. A 23 ans, elle commence déjà à songer qu’elle a raté sa vie, elle se démène, chasse le stress en buvant, jauge et évalue avec ses copines chaque attention qu’on lui porte, chaque coup d’œil d’un homme qui se retourne sur elle. Peu à peu, elle devient cynique, prévisible. La vie de la jeune femme russe d’aujourd’hui n’a aucun fondement philosophique. Le marché la désarçonne, avec ses tentations.
Elle vit au-dessus de ses moyens. Elle aspire à s’élever, à suivre la classe moyenne ; elle se hisse sur la pointe des pieds. Si elle vit seule, elle doit payer son loyer, son forfait de portable, si possible avoir une voiture et soigner son apparence. Elle préfère se passer de manger plutôt que “s’enduire la face” de crèmes bon marché. Si elle ne parvient pas à se marier, elle commence à chercher qui va l’entretenir et comment. L’idée d’avoir un protecteur s’insinue en elle. Elle demande de plus en plus d’argent aux hommes, dès le début de leur relation, et entre en rage si on le lui refuse. Elle commence à considérer tous les hommes comme des radins. Ses prétentions financières sont l’équivalent de celles d’une prostituée de luxe, mais ses relations fortuites ne lui assurent pas d’éducation sexuelle, le nombre croissant d’hommes dans sa vie n’augmente pas ses capacités érotiques, mais elle continue malgré tout, obstinément, à se trouver irrésistible.
Il va de soi qu’elle se croit plus belle qu’elle n’est et se montre très exigeante. Elle a un pied dans la culture russe classique, ou plutôt ce qu’il en reste, et l’autre pied en discothèque. La passion des plaisirs, le triomphe de la sous-culture jeune transforment le caractère de la fille des boîtes de nuit. Elle perd la tête.
Dans les discussions sur l’oreiller, elle est d’une sincérité à pleurer. Ses aveux témoignent une fois de plus de la criminalisation du pays. Elle a presque toujours eu à subir un chantage grossier, elle explique que ses chefs lui proposent sans cesse de coucher avec eux. Cela la place dans une situation délicate, non pas parce qu’elle refuse, mais parce que, après avoir cédé, elle risque de perdre son travail : c’est désormais une employée usagée. Ses récits laissent une impression ambiguë. D’un côté, on comprend à quel point il est pénible d’être une jeune fille dans la Russie actuelle ; mieux vaut vraiment ne pas naître fille. D’un autre côté, elle n’a aucun repère qui l’aide à comprendre sa situation.
En Russie, l’hédonisme ne devrait se pratiquer que dans des conditions sociales totalement sûres, et encore… C’est de toute façon une philosophie détestable. L’image de toute jeune femme russe est indissociable de la question : “Et toi, tu as essayé ?” Dès que l’homosexualité a eu droit de cité, il a fallu y goûter. Autant d’expériences qui se terminent au matin avec de vagues remords.

Pour dix femmes, il n’y a qu’un homme valable

Les jeunes femmes russes aiment les hommes mûrs, les “petits papas”. Plus un pays est riche, moins il produit de “mariages inégaux” [Le Mariage inégal est le titre d’un tableau de V. Poukirev (1862), où un vieil homme épouse une toute jeune fille]. En Occident, même riche et avec une bonne situation, un homme mûr aura du mal à entrer en contact avec une jeune fille. Pour une jeune fille russe, sortir avec un jeune homme de son âge est presque synonyme d’immaturité. Les hommes russes répondent à cela par une “lolitisation” de leurs désirs. Ils en ont tout à fait le droit. Mais c’est justement le signe d’une dévaluation de la femme. Une jeune fille à peine majeure a bien meilleure allure qu’une hédoniste trentenaire à la poitrine tombante. Une jeunette à qui l’on refuse de vendre des cigarettes [parce qu’elle n’a pas l’âge légal] a le mérite de n’être encore qu’une débutante ; elle n’a pas l’expérience de la roublardise. Les hommes réagissent à la liberté de conscience des jeunes filles en concluant à l’hypocrisie et à l’infidélité des femmes en général.
La génération actuelle fait face à des problèmes douloureux. Il n’y a pas assez d’hommes aptes à assurer une vie correcte aux femmes. Difficile d’estimer la fortune réelle des hommes et des femmes en Russie, mais il est probable que, pour dix femmes, il n’y ait qu’un homme valable, un seul. Les autres sont soit pauvres, soit alcooliques et drogués, soit affligés de problèmes sexuels, soit tout cela à la fois.
Un nouveau genre de femme a fait son apparition, une femme facile à acheter à condition d’y mettre le prix, mais dévalorisée sur le plan humain. Faute de bases morales, elle mélange tout, elle est déstabilisée. Elle se vend cher, mais s’achète bon marché. Elle rêve toujours d’amour éternel, mais, dans ses attentes, elle est accessible et interchangeable. Elle mesure tout à l’aune de ses intérêts. Enfin, elle tombe amoureuse et même, semble-t-il, elle aime pour de bon. Mais elle se découvre soudain incapable de changer ce qui est devenu une seconde nature : elle ne peut oublier son côté intéressé. Tant que ça l’intéresse, elle aime. Mais elle n’est déjà plus intéressante…
Il ne faut pas hurler, en lisant ce que je viens de dire, que ce sont là les paroles d’un pauvre type ! Je pourrais tout aussi bien bomber le torse, mais la réalité est tout autre. Nous avons dû batailler pour avoir ce que nous avons, nos parents ne nous ont pas déposé les clés d’un appartement sous le sapin de Noël, nous avons tout gagné nous-mêmes, nous avons surmonté les limites de l’inhumanité, de la bêtise et des yeux bouffis. Et pour obtenir quoi ? Que l’être que l’on pensait proche, cher et fiable, se révèle finalement une poupée sans cervelle qui a un désir exacerbé de prendre. Tiens ! Mais pourquoi ai-je de plus en plus envie de rester au travail ? Gagner de l’argent devient plus intéressant que le dépenser à deux. Et l’on se retrouve à espérer croiser un jour un regard, un sourire, et entendre des paroles qui seront plus importantes qu’un tee-shirt moulant à 150 dollars et des jambes interminables censées représenter quelque chose d’inaccessible – mais qui ne montrent en réalité que l’évolution de la longueur des jupes et les progrès des lampes à bronzer.

* Dobroe TV est la chaîne d’informations locales de Vladimir, ville de 350 000 habitants située à une centaine de kilomètres à l’est de Moscou.

Mithrandir Dobry Forum, repris par Courrier International
Publié en France en janvier 2005

2 commentaires:

SERGE LAVIE a dit…

PETIT PAPA CHIRAC SUR :
http://petitpapachirac.blogspot.com/

Anonyme a dit…

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