24.1.06

KOSOVO : Ibrahim Rugova, portrait

Le Monde

"Le cheval porte son maître jusqu'à la mort." Ibrahim Rugova, philosophe de formation et écrivain, connaissait ce proverbe albanais, lui qui a porté, toute sa vie durant, le même idéal : l'indépendance du Kosovo. Le "frêle colosse" du Kosovo, intellectuel obstiné d'apparence fragile, est mort, samedi 21 janvier, à Pristina, des suites d'un cancer du poumon décelé au mois d'août 2005. Ibrahim Rugova, 61 ans, n'est plus, mais son rêve — dont la concrétisation n'a jamais semblé aussi proche — lui survivra. Et si son aura avait pâli durant les dernières années de sa vie, nul autre que lui n'aura symbolisé avec autant de force l'aspiration des Albanais à couper le lien avec la Serbie pour voler de leurs propres ailes au sein d'un Etat kosovar souverain.

Ibrahim Rugova a eu le loisir de n'en goûter que les miettes. Certaines ont une saveur douce-amère, comme en ce mois de mai 2002 à la barre des témoins au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). Deux mois auparavant, le 4 mars, Ibrahim Rugova a été élu président du Kosovo, une présidence tronquée mais enfin légitime à la tête d'une province sous administration internationale depuis trois ans. A LaHaye, Ibrahim Rugova témoigne contre le bourreau de son peuple, l'ancien président serbe Slobodan Milosevic, accusé de génocide et de crimes contre l'humanité pour les exactions commises par l'armée serbe au Kosovo entre 1997 et 1999. Le résistant confronte l'oppresseur. L'autocrate de Belgrade, le semeur de guerres, avait été arrêté l'année précédente par le nouveau pouvoir démocratique serbe, qui l'avait déposé quelques mois plus tôt. Slobodan Milosevic, emprisonné puis transféré devant le TPIY et enfin jugé : Ibrahim Rugova pouvait savourer sa revanche.

Et, pourtant, cette confrontation a un arrière-goût d'amertume. Slobodan Milosevic se charge de remémorer à Ibrahim Rugova l'un des moments les plus troubles de sa longue et héroïque opposition. La dernière confrontation entre les deux hommes remontait au 1er avril 1999. L'OTAN avait commencé sa campagne de bombardement sur la Serbie et le Monténégro depuis le 24 mars afin de faire plier le régime de Belgrade, engagé dans une répression de plus en plus féroce contre les Albanais du Kosovo. Des flots de réfugiés étaient conduits de force hors de cette province de Serbie de deux millions d'habitants, albananophones à 90 %, selon les chiffres les plus couramment cités à l'époque. Comme il l'expliqua à la barre des témoins, Ibrahim Rugova avait été assigné à résidence par les forces serbes, qui occupaient une partie de son domicile.

Ibrahim Rugova réduit au silence dans une province où la moitié des habitants furent chassés de chez eux, on s'inquiétait de son sort. Jusqu'à ces images de la télévision serbe montrant le dirigeant albanais souriant, serrant la main de son bourreau à Belgrade. Jamais Ibrahim Rugova n'a expliqué les circonstances de cette entrevue, qui, du jour au lendemain, font de lui un traître aux yeux de nombre de ses concitoyens plongés dans les horreurs de la guerre. Quelques semaines plus tard, le 5 mai 1999, nouveau coup de théâtre. Ibrahim Rugova atterrit à Rome avec sa famille à bord d'un avion spécial affrété par le gouvernement italien.

Pour beaucoup, la fuite sans panache du héros d'une décennie de résistance antiserbe signe alors son arrêt de mort politique. Bien peu parient sur lui au moment où, en juin 1999, Belgrade jette l'éponge face à l'Alliance atlantique et retire ses forces armées du Kosovo. La province est placée sous l'administration des Nations unies et dotée d'une "autonomie substantielle" au sein de ce qui reste alors de la Fédération yougoslave. Ibrahim Rugova ne rentrera, discrètement, que le 30 juillet 1999 à Pristina. Bien après la plupart des réfugiés qui avaient déserté les camps de Macédoine et d'Albanie pour se ruer au Kosovo dans le sillage des troupes de l'OTAN.

L'éclatement de la guerre avec les forces serbes avaient marqué la première défaite d'Ibrahim Rugova. Un échec temporaire. Car l'homme est un pacifiste obstiné, tendu tout entier vers un seul objectif depuis la suspension de l'autonomie du Kosovo décrétée, en 1990, par Slobodan Milosevic. Pas besoin d'être grand stratège pour constater alors que, sur le terrain, le rapport de forces joue infiniment en la défaveur des Albanais face à des militaires et policiers serbes issus de la puissante armée yougoslave.

Ibrahim Rugova admire Ghandi par stratégie et conviction. "Nous sommes orientés vers le pacifisme, la non-violence à long terme, pour résister, pour tenir nos gens, pour durer", explique-t-il en 1994 dans un livre d'entretien avec Marie-Françoise Allain et Xavier Galmiche (La Question du Kosovo, Fayard). Il dit alors mener "une guerre sans armes (parce que seulement) la mauvaise politique finit par les armes". Fidèle à ce concept, il a bâti dans les années 1990 au Kosovo un système politique, économique et social parallèle. Il répond ainsi au système d'exclusion instauré par Belgrade, qui n'offre aux Albanais qu'une citoyenneté de seconde catégorie sur fond de "répression systématique et brutale des Albanais par le pouvoir serbe", comme le dénonce le Sénat américain en avril 1992.

Dès lors, la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), qu'il a fondée en décembre 1989, devient un Etat parallèle avec ses écoles et ses hôpitaux clandestins ; un budget propre alimenté par les "impôts" versés par la diaspora ; un Parlement illégal et un président, Ibrahim Rugova, non reconnu sur le plan international, mais magistralement élu par les Albanais du Kosovo le 24 mai 1992.

Le pacifisme d'Ibrahim Rugova est salué par les grandes puissances, qui ne savent plus alors comment mettre un terme aux guerres qui ravagent la Croatie puis la Bosnie-Herzégovine. Mais, lorsque les Kosovars prennent conscience qu'ils sont exclus, en 1995, du cadre des accords de paix de Dayton sur la Bosnie, Ibrahim Rugova prêche dans le désert en répétant que "les guerres yougoslaves ont commencé au Kosovo et qu'elles se finiront au Kosovo". L'avenir lui donnera pourtant raison.

Lentement, inexorablement, la province s'enfonce dans la violence. Et sa réélection en mars 1998 à la présidence de "la République autoproclamée du Kosovo" ne dissimule plus la montée d'une forte opposition intérieure. Lassée du pacifisme du "docteur" Rugova, une jeune génération assimile cela à de la faiblesse. L'Armée de libération du Kosovo (UCK) est née, sortie de l'ombre en novembre 1997 dans la Drenica, région rebelle au coeur du Kosovo, décidée à desserrer l'étreinte serbe par les armes.

Aux embuscades contre la police et l'exécution de "collaborateurs albanais", Belgrade répond par une répression disproportionnée : villages brûlés dès l'été 1997, arrestations et détentions arbitraires, exécutions sommaires... Les mêmes maux dont le père et le grand-père d'Ibrahim Rugova furent victimes en 1945, tués sans jugement par les forces de sécurité yougoslaves.

Ibrahim Rugova continue pourtant de croire que sa ligne de conduite est la bonne. Il se prête au jeu de Slobodan Milosevic, qui l'entraîne en 1997 et en 1998 dans l'impasse de négociations directes, alors que tout le monde lui recommande de s'appuyer sur une médiation internationale. Il accuse l'UCK "d'être partiellement un jeu des services secrets serbes pour servir de prétexte à des attaques massives contre la population". Politiquement, il perd la main. En février 1999, il n'apparaît qu'en second plan au sein de la délégation albanaise lors des négociations de la dernière chance organisées à Rambouillet juste avant le début de la campagne militaire de l'OTAN (mars-juin).

Au sortir du conflit, les héros des Kosovars albanais ont pour nom Hashim Thaci, Ramush Haradinaj ou Hagim Ceku, et l'allure de jeunes combattants en treillis. Leurs actions militaires ont entraîné Belgrade dans une spirale de la violence qui a poussé la communauté internationale à intervenir. La capitulation de la Serbie semble leur donner raison.

Ibrahim Rugova, lui, appartient à une autre génération, entrée en politique presque par hasard, et qui manie les mots, pas le "kalach". Son parcours est celui d'un intellectuel, fils unique né le 2 décembre 1944 dans une "famille possédante", comme il la décrit, installée dans la région montagneuse de Rugova, près de la frontière avec l'Albanie. Diplômé en littérature albanaise et de philosophie, il profite de l'ouverture de la Yougoslavie pour obtenir une bourse et fréquenter l'Ecole des hautes études en sciences sociales, à Paris, pendant une année (1976-1977), auprès de Roland Barthes. C'est là, dit-il, qu'il est "infecté par le virus de la démocratie".

Ce virus ne l'a jamais quitté. Il lui donnera la force, après la guerre, de remonter la pente et de connaître une véritable résurrection politique. Car les anciens combattants de l'UCK ne sont pas aussi populaires dans les villes que dans les campagnes. Leurs méthodes sont parfois expéditives pour s'emparer du pouvoir que la LDK avait — et a toujours — la fâcheuse tendance à vouloir confisquer. Les jeunes loups brûlent des étapes face aux vieux renards de la LDK, dont le réseau se réorganise progressivement. Patiemment, la communauté internationale, qui tient dorénavant les rênes du pouvoir au Kosovo, relance Ibrahim Rugova. Elément qu'elle considère comme modérateur dans le chaos d'après-guerre. Le sphinx renaît de ses cendres.

En novembre 2002, la LDK remporte les premières élections législatives libres et démocratiques organisées au Kosovo. Le nouveau Parlement élit Ibrahim Rugova président de cette province aux contours institutionnels mal définis. Il est président sans pouvoir constitutionnel d'une région "substantiellement autonome" de Belgrade mais sous tutelle internationale. Théoriquement inclus à la Serbie, le Kosovo a adopté l'euro pour monnaie, dispose de ses propres plaques d'immatriculation et titres de voyage. On n'y parle plus que la langue albanaise, hormis chez les quelques 120 000 Serbes barricadés dans leurs enclaves ou au nord de Mitrovica, adossés à la "mère patrie". Dans le dos de la communauté internationale, Ibrahim Rugova place ses amis. Ce n'est pas encore l'indépendance, mais cela y ressemble de plus en plus. Et peu importe les accusations de corruption ou de liens mafieux que l'on prête à son entourage.

Le président Rugova ne verra pas la fin du processus. Il n'enlèvera pas cette écharpe désormais légendaire qu'il avait juré de dénouer le jour, seulement, de la proclamation de l'indépendance. Les négociations ouvertes au mois de décembre 2005 par l'ONU sur le statut futur de la province se dérouleront sans lui. Un scénario que les négociateurs prévoyaient et redoutaient, tant la disparition de ce symbole farouchement indépendantiste mais pacifiste risque de bouleverser le fragile équilibre politique kosovar.



Christophe Châtelot
Article paru dans l'édition du 24.01.06

2 commentaires:

alain151515 a dit…

Message de Fabrice :

augmenter mon trafic : c'est ca notre bleme .. trouver des sources de trafic .. pas facile quadn on debute
Alors moi je paie pour avoir des visites .. j'utilise http://www.traffic-illimite.com/index.php?l=FRE&r=19
Et vous, vous utilisez quoi comme sites ? Les visionneuses ? les trafic exchanges ?

MERCI DE ME DIRE

Fab

Clairouche a dit…

Une Histoire à découvrir...

Albanie

Littérature, histoire et culture

Recommandation de lecture:

Ils n'étaient pas frères et pourtant...
Albanie 1943-1944

de

Neshat TOZAJ

Editions: La Société des Ecrivains. (S.d.E)

Catégorie: roman à caractère historique

ISBN:2748016998
2004
238 pages

PRESENTATION DE L'OUVRAGE:

UNE HISTOIRE MECONNUE

Dans son ouvrage « Ils n’étaient pas frères et pourtant… » Albanie 1943-1944 Neshat Tozaj décrit la communauté juive présente en Albanie depuis plusieurs siècles ainsi que les juifs d’autres pays accueillis au temps de la seconde guerre mondiale et qui furent épargnés car cachés et protégés. « Shalom » le titre original de l’ouvrage paru en Albanie a été modifié à l’usage des lecteurs français car l'auteur souhaitait toucher ces derniers dans leur diversité.
C’est avec une approche différente de ce qu’on a l’habitude de lire, d’entendre ou de voir dans la plupart des documentaires que l’auteur aborde cette période. La communauté juive n’y est pas seulement dépeinte en tant que communauté persécutée mais aussi en tant que communauté albanaise vivant parmi d’autres Albanais, unis dans le même combat mené contre le nazisme et le fascisme. Combat livré pour protéger la vie, la dignité humaine, les biens de chacun et la richesse culturelle.

L’engagement commun dans cette lutte et l’amitié poussée jusqu’au sacrifice ultime de la part d’Albanais non juifs afin d’épargner leurs frères ou leurs hôtes constituent sans doute dans l’histoire un exemple quasi unique et particulièrement original.

Ce roman très largement inspiré de faits authentiques est l’occasion de rendre hommage à un petit peuple oublié de tous qui ne fit qu’accomplir son devoir en des temps de barbarie.

La publication de ce livre, outre le point d’histoire qu’il révèle, me semble essentielle et salutaire à bon nombre de français, à commencer par les plus jeunes, de toute origine, confession, ou autre appartenance philosophique. En effet, à notre époque où les problèmes de racisme, d’anti-sémitisme ou de communautarisme exacerbé sont à l’ordre du jour, cet ouvrage apporte un éclairage fort réconfortant. « Ils n’étaient pas frères et pourtant… » est aussi un message d’espoir et d’encouragement.

Le livre de Neshat Tozaj volontairement rédigé sous forme de roman, l’homme est en effet avant tout écrivain et journaliste, est donc l’occasion d’approcher la résistance albanaise et de prendre connaissance de l’accueil particulièrement bienveillant réservé par le peuple albanais à la communauté juive en cette période dramatique.

J’ajoute que pour approfondir l’approche de la période décrite dans le roman de N. Tozaj, j’ai eu accès au remarquable ouvrage du Professeur Apostol Kotani, historien et très jeune résistant à l’époque : « The Hebrews in Albania during the centuries ». Cet ouvrage retrace l’histoire des Albanais juifs implantés dans le pays depuis l’antiquité et surtout nous permet de découvrir qu’en Albanie la communauté juive fut épargnée pendant la seconde guerre mondiale. M. Kotani a rassemblé au cours de longues années de recherche de nombreux témoignages poignants de survivants albanais juifs de souche ou réfugiés qui tous expriment leur reconnaissance éternelle envers ce « petit » pays qui sut honorer sa tradition du « Besa » : le partage du pain, du sel et du cœur avec quiconque se trouve dans la détresse, étranger, hôte ou semblable en terre albanaise.
C’est spontanément que des survivants (qui pour beaucoup ont émigré après guerre en Israël ou aux Etats Unis) collaborèrent à l’ouvrage et tous y attestent qu’aucun juif n’a été déporté en Albanie sous occupation nazie et fasciste.
Le discours de Monsieur l’Ambassadeur d’Albanie en France, Monsieur Ferit Hoxha, lors de la cérémonie organisée à l’occasion de la parution du livre en France « Ils n’étaient pas frères et pourtant… » Albanie 1943-1944, n’a du reste pas manqué de souligner que son pays était le seul Etat d’Europe où la population juive avait augmenté à la fin de la deuxième guerre mondiale.
Messieurs Avner Shalev et Ismaïl Kadaré, entre autres personnalités, ont d'ailleurs déclaré en maintes occasions que le chiffre des personnes ayant trouvé refuge en Albanie par rapport à la population juive initiale du pays devait sans aucun doute être multiplié par dix. A souligner, toujours selon les déclarations de M. Avner Shalev, qu'au moins 2000 Yougoslaves juifs furent accueillis et cachés en Albanie sans parler de la communauté grecque et autrichienne... Tel fut le cas par exemple du Professeur Albert Einstein dont la première épouse était yougoslave.

Je précise que ces informations concernent l’Albanie définie dans ses frontières et non les territoires annexés sous occupation mussolinienne et nazie ayant formé "la Grande Albanie". Précisions d'importance car les rafles opérées à Pristina, Kosovo, malgré l'attitude exemplaire de sa population et des autorités locales, ont parfois été imputées à l'Albanie.

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Extrait d'un article rédigé par Monsieur Pierre Stambul, Vice président de l'Union Juive Française pour la Paix.

Article adressé avec l'aimable autorisation de son auteur.

UNE HISTOIRE OUBLIEE

À travers un roman qui se déroule en Albanie pendant les années 30 puis la guerre et qui s’appuie sur des événements réels, Neshat Tozaj (*) nous rappelle un épisode historique largement inconnu, aussi bien en France, que parmi les Juifs du monde entier.

Même dans les pires périodes de la barbarie Nazi et du génocide, s’il y a eu des gens qui ont basculé dans le racisme le plus abject, la collaboration et le crime de masse, il y en a eu aussi que rien ne prédisposait à la moindre forme « d’héroïsme » et qui ont résisté, moralement et les armes à la main, à l’inhumanité.

L’attitude de la grande majorité du peuple albanais pendant l’occupation rappelle un peu celle des paysans protestants français du Chambon-sur-Lignon qui ont sauvé des centaines d’enfants juifs en les dissimulant parmi leurs propres enfants.
La communauté juive albanaise n’a jamais été très nombreuse. Si une présence juive ancienne en Albanie semble certaine, les Juifs albanais descendent probablement des Juifs accueillis par l’empire ottoman dès le XVe siècle et dispersés dans l’empire. Population urbaine et instruite dans une Albanie très rurale, ils n’ont jamais subi de persécution. Le livre décrit cette rencontre entre deux mondes très différents, la petite communauté juive et les communautés villageoises qui se sont structurées avec de grandes traditions d’hospitalité et d’entraide.
Quand la guerre éclate, en même temps que le parti communiste albanais va très vite organiser la résistance de tout un peuple et l’auto organisation des villages, cette résistance va organiser le sauvetage de la communauté juive. Mieux, les villages albanais vont accueillir et cacher des Juifs fuyant l’Europe de l’Est. Aucune déportation n’a eu lieu dans le pays. Le livre relate la véritable fraternisation qui s’est déroulée. Il faut savoir que les Albanais ont aussi accueilli des soldats italiens (qui les avaient pourtant envahis) après la capitulation de1943. [……]

L’Albanie des années tragiques montre que l’antisémitisme n’est pas inéluctable et qu’une véritable entente entre un peuple et une minorité qui vit chez lui est possible.

On a aussi souvent donné une image très négative de l’Albanie : dictature stalinienne, naufrage économique, mafia. Neshat Tozaj nous restitue un peuple humain, hospitalier, solidaire, généreux. Des structures villageoises d’entraide ont permis l’émergence d’une résistance nationale qui a contrôlé les montagnes de l’intérieur pendant toute la guerre.

Merci à l’auteur de nous avoir rappelé cette histoire édifiante.

Pierre Stambul

Vice-président de l’Union Juive Française pour la Paix, UJFP
(*) « Ils n’étaient pas frères et pourtant … Albanie 1943-1944 », Neshat Tozaj, Editions S.d.E (La Société des Ecrivains)

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4ème de couverture de l'ouvrage:

Le hasard veut que se rencontrent deux enfants albanais, l’un juif l’autre pas. Sazan et Solomon se lient d’amitié et découvrent les richesses de l’un et de l’autre. Puis vient la guerre et l’occupation nazie, la famille de Solomon est immédiatement cachée et protégée. C’est ainsi que par ce récit inspiré de faits authentiques l’on apprend qu’aucun Albanais juif ou réfugié ne fut déporté pendant la seconde guerre mondiale dans ce pays. Certains protecteurs particulièrement humains et courageux sont même allés jusqu’à sacrifier leur vie pour sauver ce qu’ils avaient accueillis. Pour eux c’était une question d’honneur.
Ce livre passionnant et émouvant écrit dans un style limpide et poétique, malgré l’horreur des évènements, nous permet d’aborder une Albanie méconnue.

Neshat Tozaj est né à Vlora en Albanie le 1er janvier 1943. Ecrivain, journaliste, juriste et directeur de la société Albautor (protection des droits d’auteur), Neshat Tozaj est au premier rang de ceux qui défendent les droits de l’homme et met son talent au service de son pays et de son devenir.

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Je précise que "Ils n'étaient pas frères et pourtant...Albanie 1943-1944" se réfère directement à plusieurs évènements authentiques que l'auteur a préféré nous présenter sous forme de roman avec bien entendu une part de fiction afin de s'adresser à un public qui ne soit pas uniquement composé d'historiens, d'universitaires ou de spécialistes des Balkans. L'homme en effet, avant tout écrivain, a toujours choisi ce mode d'écriture pour nous initier à l'histoire de son pays et en révéler des facettes inexplorées ou méconnues. Tel fut le cas du roman intitulé "Les couteaux", préface de M. Ismaïl Kadaré, qui lors de sa publication fit l'effet d'une bombe et nous en apprit bien davantage sur les exactions commises par le Sigurimi que bien d'autres modes d'expression. "Les couteaux" paru chez Denoël en 1991 fut en son temps salué par l'ensemble de la communauté internationale et Neshat Tozaj est considéré par bon nombre d'observateurs, y compris par La Maison Blanche, comme l'un des principaux acteurs à l'origine de l'amorce de démocratie en Albanie.

J'ajoute que le sujet évoqué par Neshat Tozaj fit l'objet de plusieurs études en Italie, aux États Unis et outre-Manche notamment de la part de Messieurs Michele Sarfatti, Bernd Fisher, Stephen Schwartz, Jack Goldfarb et Harvey Sarner sans parler de Madame Antonia Young en Grande Bretagne. Cette page d'histoire fut également abordée en France par Messieurs Claude Wainstain et Meïr Waintrater mais à ce jour aucune étude approfondie n'y fut réellement consacrée sans doute en raison du manque d'information à disposition.

Un dossier consacré au sujet mériterait d'ailleurs d'être publié en France à l'initiative d'historiens, de spécialistes du sauvetage des juifs en Europe occupée sous les nazis, d'associations d'anciens Résistants etc... Dossier auquel collaboreraient sans doute volontiers, à condition naturellement d'y être invités, , Monsieur Alfred Moisiu, Président de la République d'Albanie très au fait du sujet dont les grands parents, ai-je lu à plusieurs reprises, information à vérifier, étaient albanais juifs, Monsieur Ferit Hoxha, Ambassadeur d'Albanie en France, M. Shaban Sinani, Directeur des Archives Nationales, M. Refif Veseli, Président de l'Albanian-IsraeI Friendship Society, l'écrivain M. Ismaïl Kadaré, le Professeur Artan Fuga, Son Excellence M. Mark Sofer, le Dr. Mordecai Paldiel, M. le Président Avner Shalev, le Dr. Anna Cohen, autres historiens, universitaires et théologiens sans oublier le remarquable Professeur Kotani. Professeur aujourd'hui très âgé qui essaie avec moult difficultés financières de faire paraître une deuxième édition de son ouvrage "The Hebrews in Albania during the centuries".

C’est naturellement à titre bénévole et amical que j’entreprends cette «campagne d’information». Si le sujet de cet ouvrage me tient tant à cœur c’est que je suis issue d’une famille d’enseignants composée de catholiques, de protestants, de juifs ou "d’athées totaux" aux nationalités également fort variées qui tous s’attachent depuis toujours à respecter les différences et à rassembler. L’ouvrage nous apprend et nous démontre en effet que cela fut possible en terre isolée, multiculturelle et multiconfessionnelle.

Pour tout vous dire mon souhait le plus cher serait de voir quelques spécialistes français accepter de se pencher et de se prononcer sur cette Histoire et éventuellement à propos de l'ouvrage ou de bien vouloir évoquer son existence et sa publication. Ouvrage qui permet aux lecteurs de découvrir une page d'histoire demeurée inconnue de la plupart des occidentaux jusqu'à la chute d'Enver Hoxha et qui incontestablement contribue à faire reculer bien des préjugés.

Bien au delà du livre, vous l'aurez compris, Mesdames, Messieurs, mon unique propos est uniquement de faire connaître un chapitre de "notre" histoire qui n'a pratiquement jamais été étudié en France.

Dans l'espoir de vous voir accorder quelque intérêt à l'ouvrage de Neshat Tozaj et avant tout à la page d'histoire qu'il nous révèle, je vous prie, Mesdames, Messieurs, de croire à toute ma considération.

Claire.

P.S. Je tiens à la disposition de tous ceux qui le souhaiteraient un grand nombre de documents historiques et de témoignages relatifs au sujet évoqué.
Documents souvent utiles afin de dissiper toute confusion entre Albanie et territoires annexés à cette dernière sous occupation mussolinienne et nazie: cf. "Grande Albanie".

Exemples de témoignages de personnes ayant trouvé refuge en Albanie sous l'occupation nazie. Témoignages adressés dans leur langue d'origine afin de ne pas altérer leur authenticité.

"Farewell, Albania, I thought. You have given me so much hospitality, refuge, friends, and adventure. Farewell, Albania. One day I will tell the world how brave, fearless, strong, and faithful your sons are; how death and the devil can't frighten them. If necessary, I'll tell how they protected a refugee and wouldn't allow her to be harmed even if it meant losing their lives. The gates of your small country remained open, Albania. Your authorities closed their eyes, when necessary, to give poor, persecuted people another chance to survive the most horrible of all wars. Albania, we survived the siege because of your humanity. We thank you."

Irene Grunbaum.
..."There is a small country in the heartland of Europe called Albania where I was fortunately born, where hospitality to foreigners is part of their tradition. During the Second World War, not only did the Albanians save all the Jews who were living among them but they dared to share their homes, their food and their lives with them. Albania has its share of Oscar Shindlers, and, indeed, so many that we could never have thanked each glorious one of them.

Let us be reminded that not one - not one - of the Jews living in Albania, or those who sought refuge there were turned over to the fascists - all found a safe haven at great danger to their protectors."...

Dr. Anna Kohen.
"All Israelis that came from Albania were saved thanks to the generous sentiments of the Albanian people that considered it as a moral duty to protect in their own houses every persecuted emigrant… The marvelous and noble attitude of the Albanian people needs to be known because they deserve the world’s and every cultured man’s thankfulness… Even the poor peasants, not only received Jews in their homes, but also shared with them their last piece of bread.’ Another Jew, Nisim Bahar that got saved from the hands of the Nazis that wanted to execute him in Fier, wrote to his sister in law, Zhulia Kantozi: ‘I am in Ohrid I have climbed a hill on the lakeside and I see Pogradec. How I missed that country! If I could have wings to fly, I would come to kiss that holy Albanian land that saved my life."

Samuel Mandili (1945)
..."Albania was one of the only European countries that did not turn over a single Jew to the Germans. There simply were no deportations from Albania.
My parents and I, along with many other German and Austrian families, found refuge in Albania and were hidden by Albanians during the German occupation of that country. In 1941, when Germany occupied Yugoslavia, hundreds of Yugoslavian Jews were able to escape to the safety of Albania because the Albanian government opened the border at Kosovo and let as many Jews into the country as were able to escape from the pursuing German army. It is a documented fact that the German general in Belgrade knew the names of all those who had escaped across the border and demanded their return within 48 hours. The Albanian government, instead of turning over even a single Jew, dispersed them in villages and on farms, gave them Albanian names and documents and then reported back to the German general in Belgrade: “We know no Jews. We know only Albanians.”
…Albanians, whether Muslim or Christian, are the most hospitable, generous and kind human beings. It should be emphasized that this was not just an act of their customary, known hospitality, this was an act of personal courage. They simply placed their belief in the necessity to help those in need above their and their family’s safety.
Johanna J. Neumann,
Silver Spring, MD

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A l’attention des spécialistes de l’histoire des Balkans, de l’Albanie en particulier et de la protection des juifs en Europe sous l’occupation nazie.

-Extrait d'un article publié dans The European Jewish Press par Monsieur
Ashley Perry le 14/04/2006:

"ALBANIA HAS NO HISTORY OF ANTI-SEMITISM"

"Not only in Israel, but all over the world, Jews admire Albania. Not just for the period of World War II, when Albania saved the Jews, but also because the country is well-known for its respect towards us. I can say that Albania has never had anti-Semitism," he said.

Albania was one of the few countries in Eastern Europe that did not lose any of its Jewish population during World War II to the Nazis, while also offering shelter to other Jews who had escaped into Albania from Serbia, Austria, and Greece.

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-Extrait d'un autre article publié dans the Canadian Jewish News le 3/11/2005:

THE LONE HAVEN IN A HOSTILE CONTINENT: THE ALBANIAN HONOUR CODE AND THE SALVATION OF THE JEWS IN WWII

Albania, the only European country with a Muslim majority, managed to do what no other European nation was able or willing to do in the wake of German occupation during the second World War – saving the lives of every last Jewish citizen and refugee within its borders, who were in desperate need of protection from the infamous Nazi killing machine that swept through Europe in the 1940s…

Invitee Arnold Friedman of Toronto’s Jewish Holocaust Centre moved the audience to rousing applause when he declared that among all the powerful and civilized Super-nations of Europe that had the opportunity to do something about the anti-Semitic direction the continent was taking, it was “little Albania that stood up to the tyrants and saved the Jews. I am so proud,” he continued,” to be among you [Albanians], who are the only Europeans with clean hands.”

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-Extrait d'un documentaire réalisé par Monsieur Norman Gershman:

RESCUE IN ALBANIA - HOW ALBANIA SAVED ITS JEWS DURING THE HOLOCAUST–

Part 1 –

Norm Gershman holds a presentation at the AACL HQ where he presents his new documentary on how the Albanian people protected the Jewish residents of Albania and Kosovo during the Holocaust, by sheltering them in their homes and refusing to turn them over to the NAZI's. Not a single Jew was allowed to be captured by the NAZI occupiers of Albania during the Second World War. Based on the book "Rescue in Albania - How Albania Saved its Jews during WWII".

AACL/ABI
9 min 36 sec - May 10, 2006

www.aacl.com

A noter par ailleurs la dernière oeuvre photographique et documentaire de Monsieur Norman Gershman consacrée aux nombreux Albanais du Kosovo, de Macédoine et du Monténégro qui aidèrent des juifs à franchir les frontières de l'Albanie. M. Gershman ayant travaillé avec l'Association The Albanian American Civic League et sa Fondation, tout juste de retour d'un voyage au Kosovo et au Monténégro, a photographié tous les Albanais ou leurs descendants qui ont sauvé des juifs pendant l'Holocauste et recueilli leurs témoignages. L'intégralité de son œuvre, dédiée à ce sujet, sera présentée à l'Institut Yad Vashem en 2007.

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-La déclaration du Dr. Mordecai Paldiel, Directeur du Département des Justes de l'Institut Yad Vashem, à propos du rôle joué par les Albanais dans le sauvetage des juifs pendant l'Holocauste.

Hommage aimablement adressé par Madame Cloyes-DioGuardi, politologue et Executive Director de l' Albanian American Foundation.

Exposé écrit à l'attention de l'Association The Albanian American Civic League, de sa Fondation et de son 15ème anniversaire à l'occasion de la célébration intitulée : "Salute to Albanian Tolerance, Resistance, and Hope: Remembering Besa and the Holocaust".

L'évènement eut lieu le 15 mai 2005 à Manhattan au Sheraton Hôtel au cours de la commémoration du 60ème anniversaire de la libération des camps de la mort.
Parmi les nombreuses personnalités conviées et orateurs remarqués étaient présents Messieurs Tom Lantos, Henry Hyde et Ben Gilman, membres du Congrès américain, le Sénateur Charles Schumer, le Rabbin Arthur Schneier, Bishop Mark Sopi, évêque de l'Eglise catholique romaine du Kosovo, le professeur Apostol Kotani ainsi que le Professeur Petrit Zorba.

DECLARATIONS DU DR. MORDECAI PALDIEL:
Extrait:

…The story of the Albanian rescuers is unique in several ways. Firstly, in that the persons saved were mostly not Albanian citizens, but Jews who had fled to that country when it was ruled by the Italians, and now found themselves in danger of deportation to concentration camps when the Germans took over, in September 1943. Secondly, the rescuers who were overwhelmingly of the Islamic faith felt a religious obligation to assist and save those who had sought refuge in their country and were unjustly persecuted; in other words, it was a behavior motivated by the Islamic religion, as wisely interpreted by the rescuers. Thirdly, and this is something uniquely Albanian—an honor code known as Besa; that is, a mark of honor and distinction to be able to be the ones to help others in desperate need. The Albanian rescuers were the only ones among rescuers in other countries who not only went out of their way to save Jews, but vied and competed with each other on the privilege of being a rescuer. This is uniquely Albanian. And thanks to Besa, almost all of the close to 2,000 Jews in the country were saved and survived. Finally, the Albanian example is testimony to an Islamic type of behavior, different from what unfortunately makes the headlines these days. Not of vengeance, hatred and suicide, but of compassion, loving-kindness and help to persons of another faith and origin. Hopefully, the example of the Albanian rescuers will serve as a role model and inspire others, Moslems and followers of other faiths, to go in their footsteps—and be truly human beings, when faced with a similar moral challenge….

Dr. Mordecai Paldiel
Director, Department for the Righteous.
-Yad Vashem-

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-La résolution présentée au sénat des Etats-Unis par Messieurs les Sénateurs Charles Schumer et John McCain le 27 juin 2006:

June 27, 2006

IN THE SENATE OF THE UNITED STATES

RESOLUTION

Commending the people of Albania on the 61st anniversary of the liberation of the Jews from the Nazi death camps, for protecting and saving the lives of all Jews who lived in Albania, or sought asylum there during the Holocaust.

Whereas at the start of World War II, approximately 200 Jews lived in the Republic of Albania, and approximately 1800 Jews escaped to Albania from Western Europe and the former Yugoslavia;

Whereas in 1934, United States Ambassador to Albania Herman Bernstein wrote that, `There is no trace of any discrimination against Jews in Albania, because Albania happens to be one of the rare lands in Europe today where religious prejudice and hate do not exist, even though Albanians themselves are divided into three faiths.';

Whereas based on their unique history of religious tolerance, Albanians sheltered and protected Jews, even at the risk of Albanian lives, beginning with the invasion and occupation of Albania by Mussolini's Italian fascists in 1939;

Whereas after Germany occupied Albania in 1943 and the Gestapo ordered Jewish refugees in the Albanian capital of Tirana to register, Albanian leaders refused to provide a list of Jews living in Albania, and Albanian clerks issued false identity papers to protect all Jews who travelled to and hid in Tirana;

whereas........