9.12.05

CHINE : Pékin «trahit» les guérillas maoïstes

Libération : vendredi 09 décembre 2005

La Chine fournit une aide militaire au Népal et aux Philippines pour combattre les communistes.

Depuis cette année, Pékin fournit des armes aux gouvernements de deux pays, le Népal et les Philippines, en vue d'éradiquer les guérillas maoïstes qui y sévissent. La Chine communiste a aussi proposé à l'Inde de l'aider à liquider ses maoïstes. Deux de ces mouvements communistes ont par le passé bénéficié d'une aide militaire du gouvernement chinois, qui se retourne aujourd'hui contre eux. La décision de «lâcher» ses anciens alliés a été prise par le politburo chinois, semble-t-il en raison de la «mauvaise image de la Chine» projetée par ces mouvements paysans armés, parfois très sanglants, qui se réclament de Mao.

Cargaisons clandestines. L'offensive antimaoïste du Parti communiste chinois a commencé en mai avec la visite aux Philippines du président et numéro 1 du PC chinois, Hu Jintao. Huit mille guérilleros de la Nouvelle Armée populaire maoïste (NPA) tentent depuis trente-cinq ans de renverser le gouvernement de Manille. Hu a offert une aide militaire d'un million d'euros pour aider à les combattre. Le ministre philippin de la Défense a assuré Pékin que ces fonds ­ d'un montant succinct, mais politiquement significatif ­ seraient utilisés dans les zones où «la présence rebelle est forte». La NPA a dénoncé une «trahison». Celle-ci avait bénéficié dans les années 70 de plusieurs livraisons clandestines d'armes chinoises effectuées par bateau. Deux de ces cargaisons avaient été saisies par le gouvernement du dictateur Ferdinand Marcos. Celui-ci avait d'ailleurs saisi ce prétexte pour imposer la loi martiale en septembre 1972.

En Inde, le mouvement naxalite, qui se réclame de Mao, combat depuis 1967 dans plusieurs Etats de l'Union indienne (Bengale occidental, Bihar, Uttar Pradesh, Andra Pradesh). En octobre, l'ambassadeur de Chine populaire en Inde, Sun Yuxi, devant un parterre d'officiels indiens, a excommunié des naxalites : «Nous nous demandons vraiment pourquoi ils se disent maoïstes. Nous n'aimons pas ça. (...) On ne peut pas les empêcher de se dire maoïstes. Mais, assurément, le mouvement maoïste en Inde n'a aucun lien avec le gouvernement chinois.» Avant de lancer son hallali : «S'il y a quoi que ce soit que la Chine puisse faire pour aider l'Inde à s'en débarrasser, nous tâcherons de faire de notre mieux.» Le mouvement maoïste indien, né en mai 1967 dans le village de Naxalbari (qui a donné son nom aux naxalites), a pourtant reçu des armes de la Chine jusqu'en 1980. Un soutien dont il reste des traces, les naxalites continuant de combattre avec de l'armement chinois. Détail embarrassant que l'ambassadeur a balayé en assurant que ces armes provenaient... de convois de matériels envoyés par la Chine aux moudjahidin afghans dans les années 80.

Le mouvement maoïste au Népal est quant à lui carrément qualifié par l'agence Chine nouvelle de «terroriste». «Le mouvement antigouvernemental népalais usurpe le nom du grand leader du peuple chinois Mao Zedong», s'emportait en mai un porte-parole officiel chinois. «La Chine, ajoutait-il, cette fois à raison, n'a jamais eu de relation avec ce groupe.» En dépit de cette absence de liens directs, il demeure que le mouvement s'inspire directement de Mao. Depuis son déclenchement en 1996, le mot d'ordre des maoïstes népalais est l'«encerclement des villes par les campagnes». Une tactique qui s'est soldée par 12 000 morts de part et d'autre. Fin novembre, Pékin a commencé à livrer des armes à l'armée népalaise dans le but précis de combattre ces guérilleros. Dix-huit camions d'armes auraient traversé la frontière, selon le quotidien népalais Kantipur.

«Fierté». La détermination de Pékin à éradiquer ces trois insurrections communistes intervient alors qu'en Chine même le numéro 1 du PC continue d'affirmer ­ de manière rhétorique ­ que «le camarade Mao est la fierté du Parti communiste chinois, du peuple chinois et de la race chinoise. Quelles que soient les circonstances et quelle que soit l'époque, nous devons toujours brandir la bannière de la pensée de Mao».

Philippe GRANGEREAU

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