11.9.08

L'Inde lance la mode du "pauvre chic", par Julien Bouissou

Ils sont pauvres. Leurs corps sont maigres et leurs visages cernés. Mais ils font l'effort de sourire devant l'objectif du photographe. Dans les bras d'une vieille femme édentée, un bébé porte un bavoir de la marque Fendi, d'une valeur de 100 dollars (72 euros).

Dans la cour d'une maison construite en pisé, un paysan mal rasé, vêtu d'une tunique sale et trouée, se protège du soleil en portant un parapluie de la marque Burberry, à 200 dollars. Les noms des marques de luxe sont les seuls à être mentionnés dans les légendes. Les personnages, eux, sont anonymes. On sait juste qu'ils habitent un village pauvre du Rajasthan, dans l'ouest de l'Inde.

Les seize pages de photographies ont été publiées par le magazine Vogue India, dans son édition du mois d'août, en vente à chaque carrefour des grandes villes indiennes. "Nous avons voulu exposer de beaux articles de mode dans un contexte intéressant et plein de charme. Nous avons vu une immense beauté, de l'innocence et de la fraîcheur sur les visages que nous avons saisis", déclare simplement Priya Tanna, la rédactrice en chef du magazine Vogue India.

Les commentateurs de la presse indienne ont surtout été choqués de voir des pauvres assurer la promotion d'articles de luxe. "Rabaisser la pauvreté à ce niveau de frivolité enlève tout sérieux à ce qu'elle représente réellement. Comme si les bébés indiens pauvres, dont la vie est menacée par la malnutrition, pouvaient profiter d'un déjeuner sympathique en portant un bavoir Fendi", écrit Archana Jahagirdar dans les colonnes du quotidien indien Business Standard. Mme Tanna croit au contraire que le luxe n'est plus interdit aux pauvres : "La mode n'est plus le privilège des riches. N'importe qui peut la porter et la rendre magnifique."

Si la mode devient accessible à tous, est-ce le signe que toute l'Inde s'enrichit ? Les statistiques affirment le contraire. Quelques jours après la publication des clichés de pauvres drapés dans des vêtements de luxe, la Banque mondiale rendait publics les chiffres de la pauvreté. Quelque 456 millions d'Indiens vivent avec moins de 1,25 dollar par jour. Le luxe, loin de réduire le fossé entre les riches et les exclus de la croissance, est même perçu par Amrita Shah comme une nouvelle forme de colonisation. "L'intervention du magazine ressemble à celle des premiers missionnaires, apportant Hermès et Miu Miu, comme des outils de civilisation", regrette la journaliste dans un article intitulé "La pauvreté comme papier peint", publié dans le quotidien The Indian Express.

La pauvreté est loin d'avoir disparu, mais le regard porté sur elle change. "Le problème est que les Indiens aisés sont devenus complètement aveugles à la misère", estime Pavan Mehta, l'auteur d'un essai intitulé Quand l'Inde s'éveillera. Le couturier Hemant Sagar, de Lecoanet Hemant, en conclut que les photographies controversées auront au moins le mérite d'ouvrir les yeux sur la misère : "Mis en scène dans un contexte si différent, les pauvres ne suscitent plus l'indifférence. Les Indiens aisés prendront au moins conscience de leur existence."
Julien Bouissou

30.8.08

A Train of Travelling Exhibition and Workshops on Sacred Groves of India

Indira Gandhi Rashtriya Manav Sangrahalaya (Bhopal)in collaboration with Centre for Interdisciplinary Studies, Barrackpore

Will Organize

A Train of Travelling Exhibition and Workshops on Sacred Groves of India

in Three Districts of West Bengal


Sacred groves are near-natural patches of vegetation consecrated to local deities or ancestral spirits and protected by indigenous societies over centuries. Many such groves are a rich storehouse of biodiversity, containing rare, endangered and endemic organisms.

This exhibition will highlight the cultural and ecological significance of India’s sacred groves, as well as the threats to the institution’s survival. We invite you to participate in this event and share your experience and knowledge of sacred groves, tanks and ponds of .your region.

More info on http://www.cintdis.org/events.html


Program Schedule

District : Birbhum


September 5 Natyaghar and Nandan Art Gallery, Visva-Bharati University

11:00 am Inauguration of Exhibition

Welcome Address by President: Dr. R K Srivastava, IGRMS.

Chairperson: Prof. Arani Chakrabarty, Visva Bharati University.

Chief Guest: Prof. A K Ghosh, President, ENDEV, Kolkata.

11:45 am Tea

12:00 pm Seminar on Sacred Groves, Local Cultures & Biodiversity

1:30 pm Lunch

3:00 pm Cultural performance by sacred grove functionaries from Birbhum district

4:00 pm Tea


September 6

10:00 am - 5:00 pm Exhibition and Cultural performance by sacred grove functionaries.

September 7


9:30 am - 12:pm Guided Tour to selected sacred groves.


District : Bankura

September 9 Ramananda College Auditorium, Bishnupur


10:00 am Inauguration of Exhibition

Welcome Address by President: Dr. R K Srivastava, IGRMS

Chairperson: Sri Chittaranjan Dasgupta, Secy, Acharya Jogesh Chandra Bhavan.

Chief Guest : Dr. Debal Roy, Chief Environment Officer, West Bengal

11:00 am Tea

11:15 am Seminar on Sacred Groves, Local Cultures & Biodiversity

1:30 pm Lunch

3:00 pm Cultural performance by sacred grove functionaries from Bankura district

4:00 pm Tea


September 10


10:00 am - 5:00 pm Exhibition and Cultural performance by sacred grove functionaries.

September 11


9:30 am - 12:pm Guided Tour to selected sacred groves and ponds.

District : West Medinipur

September 13 Medinipur College Auditorium, Medinipur


10:00 am Inauguration of Exhibition

Welcome Address by President: Dr. K K. Basa, Director, IGRMS

Chairperson: Prof. A K Danda, Secretary, INCAA, Jhargram

Chief Guest : Prof. K C Malhotra, Academic Advisor, IGRMS

11:00 am Tea

11:15 am Seminar on Sacred Groves, Local Cultures & Biodiversity

1:30 pm Lunch

3:00 pm Cultural performance by sacred grove functionaries from West

Medinipur district

4:00 pm Tea

September 14


10:00 am - 5:00 pm Exhibition and Cultural performance by sacred grove functionaries.

20.8.08

Taslima Nasreen, éternelle proscrite

Taslima Nasreen, éternelle proscrite

LE MONDE | 20.05.08 |

Voilà quatorze ans qu'elle est apatride. Du Bangladesh - d'où elle a été bannie en 1994 - à Stockholm, de Calcutta à Paris, elle est rompue au jeu de l'errance, aux passages fugaces dans les hôtels, aéroports et festivals littéraires. Alors, Taslima Nasreen s'y est faite. L'écrivain bangladais, féministe pourchassée par les fondamentalistes musulmans, s'est coulé dans la figure de l'exilé permanent. A la voir dans ce restaurant de Saint-Germain, à Paris, commander un verre de vin, élégante dans sa veste noire, le cou ceint d'un châle vert, on la trouve fort à l'aise. Eloquence maîtrisée, enjouée parfois jusqu'à faire tressaillir sa frange aux reflets roux.

Elle sacrifie à tout. Aux séances de photos dans la lumière tamisée d'un salon. Au programme de rendez-vous au pas de course concocté par son éditeur parisien. Aux deux gardes du corps - imposés par le gouvernement français - qui l'embarquent dans une voiture blindée pour parcourir trois cents petits mètres. Sans rechigner, Taslima Nasreen se plie au rituel de la proscrite de marque.
Est-ce à dire quelle s'y complaît ? Sûrement pas. On peut la trouver outrancière, naïve ou inconsciente, mais nul ne pourra jamais la soupçonner d'insincérité. Elle bout encore de colère. "Je suis toujours en état de choc", souffle-t-elle. Ce "choc", c'est d'avoir été "forcée au départ" de l'Inde, ce pays où elle avait enfin trouvé refuge en 2005 après plus d'une décennie de déracinement en Occident, l'âme broyée par le mal du pays.
A Calcutta, Taslima Nasreen se sentait comme chez elle. C'est le Bengale, après tout. La frontière barbelée le sépare peut-être du Bangladesh voisin mais elle n'abolit ni langue bengalie, ni la culture bengalie, ni les parfums bengalis.
Aussi Taslima la Bengalie y était fort heureuse, immergée dans ses racines. "Calcutta, c'est ma seconde patrie, insiste-t-elle. Les traditions du Bengale coulent dans mes veines comme une force vitale."
Pourtant, à l'automne 2007, elle y revit le même cauchemar qu'en 1994, à Dacca, la capitale du Bangladesh qu'elle avait alors dû fuir sous la menace de manifestants islamistes ivres de haine. Brutal retour en arrière, réédition du scénario halluciné : fatwas lancées par des imams, sa tête mise à prix, émeutes de rue, plongée dans la clandestinité. Les fondamentalistes sont déchaînés par la parution de certains de ses livres aux titres claquant comme des appels à la révolte des femmes : Brûlons les burqas, Les femmes n'ont aucune patrie. Le 21 novembre, le couvre-feu est même décrété à Calcutta après une journée de violences.
Mais Taslima n'est pas abattue. Elle pense que l'orage va vite se dissiper, que l'Inde "laïque, démocratique, éclairée, progressiste et tolérante" va la protéger, va continuer à lui offrir son hospitalité. L'Inde multiconfessionnelle n'est pas le Bangladesh musulman, pense-t-elle. Quel n'est pas son accablement quand elle prend la mesure de son illusion ! Elle n'est en fait qu'un "paria", un "fardeau", un fauteur de troubles dont chacun veut se débarrasser.
Acculée au départ de Calcutta, elle se replie à Jaipur (Rajasthan) puis à New Delhi, la capitale. Là, elle est littéralement assignée à résidence dans un lieu secret, une pauvre chambre où seuls "deux lézards souffreteux" lui tiennent compagnie. Elle devient une sorte de "prisonnière", confinée par le gouvernement fédéral indien au nom de sa sécurité personnelle. En haut lieu, on lui adresse des messages : il faut qu'elle évite dorénavant de "blesser les sentiments religieux" d'une partie de la population, un enjeu hautement sensible dans un Etat indien régulièrement secoué par des affrontements entre hindous (majoritaires) et musulmans (minoritaires). Elle s'y refuse. "Si la liberté d'expression a un sens, proteste-t-elle, j'ai le droit de blesser les sentiments religieux de certains."
Son intransigeance exaspère. On le lui fait payer en prolongeant son régime quasi carcéral. Elle finit par comprendre la manoeuvre : faute de pouvoir l'expulser - cela ferait très mauvais effet -, l'Inde veut la pousser à s'exiler d'elle-même. Elle résiste, se cabre. Puis elle finit par céder, minée par des ennuis de santé. A la mi-mars, elle s'envole vers la Suède, défaite. Durant ces semaines d'isolement, elle a continué à écrire, jetant sur le papier son désarroi, son désespoir, scandés par cette entêtante interrogation : "Quel crime ai-je commis ?" La chronique de ce nouveau bannissement vient de paraître en France sous le titre De ma prison (Philippe Rey, 140 pages, 15 euros).
CHEMIN DE L'ERRANCE
La revoilà sur le chemin de l'errance. A Paris, elle retrouve amis et admirateurs. Le prix Simone de Beauvoir lui sera remis mercredi 21 mai par Rama Yade, secrétaire d'Etat aux droits de l'homme. Tant de sollicitude lui offre un précieux réconfort mais Taslima ne s'en contente point. "En Occident, dit-elle, je me considère comme debout à un arrêt de bus, attendant le bus qui me ramènera chez moi, dans le sous-continent (indien) où ma vie a un sens." Ce "sens", c'est le "combat en faveur des femmes opprimées". Et dans ce combat-là, elle bute sur la religion, immanquablement. "Je critique toutes les religions, pas spécialement l'islam, précise-t-elle. Je critique aussi l'hindouisme en raison des discriminations contre les femmes qu'il justifie. Mais il n'y a que les musulmans qui se sentent offensés par mes critiques et me menacent de leurs fatwas. Les autres ne m'attaquent pas." "Est-ce que cela signifie qu'il n'y a pas de place pour la critique dans l'islam ?, interroge-t-elle. Mais comment une société peut-elle évoluer, s'arracher à la stagnation, si elle refuse toute critique ?"
En Inde, son combat est mieux compris qu'il ne l'était au Bangladesh. Des soutiens se sont manifestés. Mais la mobilisation en sa faveur est restée limitée, en tout cas impuissante à renverser le cours des choses. Taslima sait que le camp des intellectuels "progressistes", sa famille naturelle, ne la défend que très timidement, voire même la fustige comme irresponsable. On lui reproche d'en faire trop, de verser dans la provocation. "Ces intellectuels me trouvent trop radicale, reconnaît-elle. A leurs yeux, on peut critiquer les fondamentalistes, mais pas l'islam en tant que tel. Or en critiquant le Coran, je franchis la ligne rouge. C'est pourtant ma conviction : le Coran n'est pas bon pour l'humanité et les droits des femmes."
Quand Taslima sort du restaurant, ses gardes du corps jettent un regard fébrile dans la rue. Elle se glisse dans la voiture blindée qui démarre en trombe. Combien de temps vont durer ces séjours à l'"arrêt de bus" européen ? Taslima a toujours en poche son billet de retour sur l'Inde. Elle entend bien en faire usage. Et retrouver les parfums du Bengale. En tout cas, elle en "rêve".

Frédéric Bobin
Article paru dans l'édition du 21.05.08





Médecin et poétesse, une femme "impie" à la réputation de soufre


LE MONDE | 20.05.08 | 15h34 • Mis à jour le 20.05.08 | 15h34

Taslima Nasreen ne s'est jamais considérée comme une vraie romancière. Née en 1962 dans une famille de la petite bourgeoisie provinciale du Bangladesh - son père était pharmacien - conservatrice mais éclairée, elle a embrassé la carrière de médecin gynécologue tout en s'adonnant à l'écriture de poèmes à ses heures perdues.

A la fin des années 1980, le succès de ses premiers recueils de poésie attire l'attention de journaux de Dacca, la capitale, qui lui commandent des chroniques. Elle en fait vite une tribune pour dénoncer la condition des femmes bangladaises, puisant dans ses souvenirs d'enfance et les témoignages recueillis dans l'exercice de son métier. Son style, direct et sans concession, la singularise parmi la petite mouvance des féministes. Taslima ne tarde pas à sentir le soufre.
Dès février 1992, elle devient la cible d'un groupe fondamentaliste (Comité pour écraser la vermine Taslima Nasreen), qui met à sac le stand proposant ses écrits à la Foire du livre de Dacca. Divorcée trois fois, les rumeurs sur sa vie privée aiguisent la controverse la fustigeant comme auteur "pornographique". Couronnée par le prix indien Anando, voué à honorer les auteurs de langue bengalie, elle ne cesse d'élargir le cercle des jaloux.
Sa réputation atteint l'étranger en 1993, quand le gouvernement bangladais interdit son roman Lajja (La Honte), qui dénonce les persécutions anti-hindoues dont le Bangladesh a été le théâtre fin 1992. Sa mise au ban prend un tour plus tragique avec la fatwa lancée contre elle par des groupes fondamentalistes, qui manifestent en masse dans les rues de Dacca en réclamant sa pendaison. Elle est contrainte de vivre cachée. A l'étranger, on la présente comme "la Salman Rushdie bangladaise", mais, au Bangladesh même, le camp des progressistes la lâche, la jugeant excessive et provocatrice. Elle est totalement isolée. Il faudra une campagne de solidarité internationale pour que les autorités de Dacca, qui avaient confisqué son passeport, la laissent quitter le pays l'été 1994. Elle s'installe en Suède, pays dont elle obtiendra la nationalité. En 1998, elle retourne brièvement au Bangladesh au chevet de sa mère mourante, déclenchant de nouvelles manifestations de fondamentalistes défilant aux cris de "Mort à l'impie !".
En 2005, après un trop long exil en Occident, elle peut enfin s'installer en Inde. Mais l'"impie" n'en a pas fini avec les chasseurs de "vermine".

Frédéric Bobin
Article paru dans l'édition du 21.05.08